lundi 22 juillet 2013


Lundi 22 Juillet
Bonjour ,
je termine ce blog aujourd'hui où je passe une nouvelle décennie. Je viens de quitter la Tour Blanche , la période d'hospitalisation complète est terminée. Après une pause bien attendue , je reprendrai la rééducation en hospitalisation de jour , à Issoudun vers la mi-Aout.
Je continue à récupérer pas à pas . C'est fou ce que le cerveau , peut contenir . Vous n'imaginez pas le nombre de choses que vous faites sans y penser . Pour moi ce sont des acquisitions qui s'enchaînent les unes après les autres, mais dans un ordre précis. C'est cette précision qui me pose le plus de problèmes . Comme le père d'Amélie Poulain , qui découvre tous les jours de nouvelles photos de son nain de jardin à travers le monde . Je ne comprends pas , je ne comprends pas pourquoi je ne sais plus additionner sur le papier alors que j'ai récupéré le calcul mental . Pareil pour l'anglais , les mots me reviennent facilement en mémoire mais quant à écrire , c'est une autre affaire. Je ne comprends pas pourquoi je ne sais plus situer les objets alors que je me dirige à gauche et à droite dans les rues sans problème .
En réalité c'est mon cerveau qui décide de ce qu'il va récupérer et quand il va le faire . C'est pénible pour moi, car voyez-vous , j'ai gardé certains réflexes d'autorité . Il faut avoir confiance, les choses se font toujours mais sans que je puisse les contrôler. Tout ce que je peux faire c'est garder le moral envers et contre tout . Cela n'est pas toujours facile et j'ai quelques baisses de régime.
La récupération purement physique a été spectaculaire. Il me reste encore une gêne au niveau du champs visuel . Les choses à ma droite sont dans un brouillard . Les thérapeutes m'ont expliqué que ce n'était pas une baisse de la vision , mais une sous-utilisation des neurones qui conduisent au décryptage des images . En fait, je vois les choses mais il me manque les outils pour les comprendre et les interpréter . Heureusement la réalité me rappelle à l'ordre très vite : La marche d'un escalier que je n'ai pas vue, le poteau que j'ai évité de justesse, la phrase entière que j'ai "coupée" dans un exercice de lecture à haute voix .
Ce que je préfère dans la rééducation , c'est tout ce qui concerne la réorganisation des mots et des actions. Par exemple on me donne un texte écrit dont les phrases sont mélangées. Il faut alors reclasser et recomposer l'histoire en partant à la recherche de chaque indice de liaison. J'adore , j'ai l'impression de redevenir comme avant .
 D'autres exercices me serrent la gorge , et là, il me faut tout le talent de mes thérapeutes chéries pour ne pas couler à pic .
Je suis extrêmement fatiguée, je dors comme une bienheureuse, je me réveille pour les exercices  et me rendors dès que j'ai quelques minutes de pause. Les professionnels disent que cette très grande fatigue durera plusieurs mois.
Une page se tourne . Derrière moi, les heures terribles du cercueil de pierre, devant moi, tous les possibles .
Il m'arrive de plus en plus souvent maintenant de me dire : "et si j'essayais ça ".Comme je suis en forme physiquement , je vais pouvoir reprendre la marche dans la nature, d'autant plus qu'il fait un temps magnifique en ce moment , et cela effacera toute ces longues journées d'hôpital . Je n'oublie pas ce qui s'est passé mais les souffrances sont cantonnées dans une partie spéciale de mon cerveau . Je sais que c'est là mais cela me fait moins pleurer. La confiance revient comme les mécanismes oubliés , et , mon Dieu! Que c'est agréable de pouvoir compter sur soi sans avoir à rappeler à l'ordre les neurones éparpillés . Il ont enfin compris qu'ils devaient s'activer tout seul sans que je sois derrière chacun d'eux .
Profitez bien de votre savoir faire, c'est ce qui fait l'intérêt de la vie.
   Je termine ce blog, j'écrirai la suite de l'histoire avec chacun d'entre vous dans la vie de tous les jours et je me fais une joie de vous retrouver , non pas comme avant mais différemment .
  Bien amicalement
   Monique

lundi 8 juillet 2013

08-07-13 - Retour à la peinture !

En passant sur le quai , hier, Monique m'a tiré par le bras et m'a montré ce petit coin "repos"... C'est chez notre voisine et amie, Sophie . C'est séparé du passage public par quelques branches, c'est invisible , c'est tout petit et c'est en paix . Monique m'a dit : "j'y vois ma convalescence" .
   Alors , moi qui tourne en rond depuis trois mois, sans savoir par quel moyen reprendre le contact avec la peinture ,aujourd'hui, j'ai repris tout naturellement, sans effort, sur ce motif ... Il y avait la conjugaison mystérieuse entre un lieu bien particulier
, une émotion de Monique,et le fait que j'ai senti , sans l'ombre d'un doute, que c'était "le bon jour"...

dimanche 7 juillet 2013

Monique au travail dans la cour intérieure à la Tour Blanche


07-07-13 ,

 7-07-2013  - Texte dicté par Monique:

"Automatiser, Compenser "
Les quinze derniers jours ont été riches en évènements . Après une très longue période de latence ,je passe une nouvelle étape avec deux verbes d'action : "automatiser , compenser". Le cerveau continue son formidable travail dans deux directions . Il faut tout d'abord chercher à automatiser ce qui ne marche plus . refaire les gestes des dizaines de fois, refaire les opérations , recompter la monaie , placer la main droite tout de suite au bon endroit, trouver les objets , sans lancer les doigts dans toutes les directions. Quelque fois les automatismes reviennent très vite comme par exemple , nouer des lacets et d'autre fois , les automatismes mettent de trop longues semaines à s'inscrire dans mon cerveau : j'ai toujours du mal avec le "7" et le "P"  ; sans doute ces signes ont une histoire personnelle avec moi et se vengent d'éventuelles maltraitances dans le passé . Je n'ai jamais aimé le chiffre 7, mais ce qui est bizarre c'est que le "P" est la première lettre de mon nom de jeune fille ....
Quand les automatismes sont créés, ce qui demande un temps variable , c'est le bonheur total . Je trouve l'interrupteur des lumières , Je fais sècher le linge sans hésitation en trouvant pour chaque vêtement la façon de le disposer. Mes gestes sont plus directs . Il y a une relation qui s'établit entre la fonction ,l'objet , et sa localisation .
Parfois l'automatisation ne donne aucun résultat . J'ai beau répéter des centaines de fois des mécanismes , ça ne rentre pas .Et là , je sens bien que le chemin a disparu , il faut donc que mon cerveau invente une nouvelle façon de faire pour atteindre l'objectif . C'est à ce moment là que ça devient compliqué et que le découragement me guette .
Cette semaine , la Tour Blanche a accueilli des ados de 3eme pour un stage d'orientation . J'en avais deux à côté de moi, et la thérapeute leur expliquait le cas . Je n'ai jamais vu des mines aussi stupéfaites quand j'ai commencé l'exercice :" à gauche , à droite, desssus , dessous". Ils n'arrivaient pas à comprendre que je ne savais pas reconnaître la droite et la gauche . J'ai moi-même été très affecté par la découverte de cette nouvelle incapacité. Mais bon sang !, ça ne s'arrêtera jamais ?.
Quelques heures plus tard , je me suis rendue compte que justement c'était ma chance de découvrir encore et toujours des zones d'ombres , parce que ça me permet de savoir sur quoi il faut travailler. C'est pourquoi , je compense , je compense .
C'est à ce moment là que les thérapeutes interviennent avec tout leur savoir faire , car ils me mettent sur le chemin sans jamais faire à ma place . C'est souvent terriblement difficile de construire toute seule les circuits . J'ai de nouveau l'impression d'être dans le cercueil de pierre, et l'émotion déborde.
Au bout d'un certain temps , Eureka ! je sens physiquement que le nouveau circuit s'active ;ca fait ding ding comme au flipper et je ne peux pas m'empècher de faire un grand sourire avec le " Yes I can" d'Obama .
En ce moment je galère avec " à droite à gauche" et je sens que j'y suis presque .
Ces exercices m'épuisent et je dors beaucoup . Tant mieux , pendant ce temps là mon cerveau se recharge , pas de dépression à l'horizon , je suis au four et au moulin et ça passe malgré les obstacles .
Mes dernières victoires : Le retour à la vie sociale , les conversations entre amis, l'intérêt pour la vie professionnelle. Chaque jour apporte une nouvelle conquête et je me sens  bien dans ma nouvelle peau . Certes , un peu abimée mais pleine de possibles et surtout , je me sens tellement rassurée par toutes vos manifestations d'amitié , vous avez été adorables et vous me faites un bien fou .
Monique

jeudi 27 juin 2013

27-06-13 : Quelques images pour "l'anniversaire"...

Depuis le 27 Mars , toute envie de peindre m'a quitté...
   Je sais que cette envie va revenir, je sais même que c'est pour bientôt car il y a des signes ... Mais depuis trois mois , mon moteur de peintre est en panne. Complètement à sec...
   J'ai bien fait un essai , quelques jours après l'accident . J'étais ce jour là en colère contre le sort et j'avais cassé une pomme à la main , pour me défouler ou quelque chose comme ça ... J'ai peint cette pomme à côté d'un panier vide, car c'étaient bien ces deux choses qui m'occupaient entièrement l'esprit : Le sentiment de vide et celui de rupture .





J'ai eu une impression très pénible en peignant, j'ai  failli abandonner , je ressentais de la culpabilité  en me livrant à une activité futile, en me distrayant  ...
Un mois après , quand l'espoir est revenu et que Monique faisait des progrès  réguliers, j'ai voulu faire une autre toile symbolique pour effacer les impressions de la première . J'ai installé une pomme entière et le bols du petit déjeuners en pile . La pomme était reconstituée, la personnalité de Monique était revenue, entière,  et notre quotidien reprenait sa tranquillité, comme s'empilaient ces bols et comme s'ajoutaient aussi, ses savoirs récupérés .


J'ai aussi dessiné quelques pages de carnet dans la chambre de Monique, l'arbre voisin , une vue de la cour 
etc...
  • Mais ce qui m'a tenaillé l'esprit pendant ces trois mois , c'est la volonté de reprendre les carnets que j'avais commencé pour les petits enfants à naître , et il y en a deux. J'ai fait ces deux petites séries d'illustrations en un mois , en laissant, en reprenant ... Il n'y a pas de quoi pavoiser, en temps normal , c'était fait en un soir...
  • Voici la première histoire :








Et  voici la deuxième que je viens de terminer et de mettre à l'encre ce soir , la deuxième histoire de la "dame de la Tour Blanche"










Et voilà , c'est en mettant en couleur ce dernier dessin que j'ai vu passer l'heure anniversaire  de cette soirée étrange ou, il y a trois mois , jour pour jour, tout a basculé . Les semaines qui ont suivi sont pour moi plongées dans l'obscurité . Je déteste parfois les souvenirs qui émergent par surprise de ce noir profond. Ce n'est peut-être pas un bien de les y laisser mais pour le moment je m'efforce de les recouvrir de grandes pelletées d'oubli .... Je préfère regarder des photos comme celle-ci, prise dimanche dernier et que je veux partager :




dimanche 23 juin 2013

Dimanche 23 Juin

Texte dicté par Monique dimanche matin:
Deux expériences qui comptent ...
Cette semaine , j'ai emmené un projet jusqu'au bout , quand je dis "je", c'est grâce à mes thérapeutes chéris qui me conduisent de main de maître à travers le dédale des savoirs et des savoirs faire . Merci à eux tous , ils me rendent la vie . Bon, mais ils sont terriblement exigeants
 Au menu , cette semaine, confection d'un repas pour trois personnes , service et rangement ...On commence à 9h30 le matin par la liste des courses et on termine à 14h par la vaisselle et le rangement.  C'est trop trop dur de tout gérer , mais j'arrive à ne pas écouter la petite voix qui dit : " ça va se faire en 5 mn" , car c'est du temps qu'il me faut maintenant pour faire se  connecter ensemble mes cellules . Le problème c'est que , je continue à  avoir l'impression de savoir et de gérer les difficultés mais dans la réalité  je suis dans un labyrinthe avec une multitude de fausses portes. Je prends les chemins au hasard . Quelque fois ça donne tout de suite le résultat attendu , mais souvent , je tourne en rond sans comprendre .
Courses au supermarché . Je me fais insulter par un gamin mal élevé qui trouve que je ne vais pas assez vite ,je cherche dans les rayons des choses qui sont sous mes yeux . Je suis très concentrée mais le monde me fait peur , il va trop vite pour moi et je n'arrive pas à trouver la bonne distance physique , car je ne  localise rien sur mon côté droit. Heureusement , on me fait faire beaucoup d'exercices pour utiliser les yeux et cela me fait du bien.
Les courses finies , nous rentrons préparer le repas . J'ai l'impression d'être aux commandes d'un sous marin nucléaire , c'est tout juste si je ne cherche pas le mode d'emploi . Première partie réussie : la tarte aux pommes sort du four , il est 11h. Ça va , je me rassure . Je ne me rends pas compte que je suis fatiguée et les choses ne s'enchaînent plus , je fais revenir les oignons dans une poêle minuscule et je ne comprends pas pourquoi ça ne marche pas ,  mais c'est bien sûr , il faut utiliser plusieurs instruments , ma thérapeute me l'explique .  Merci , la pression monte , on se croirait dans "Master chief". Il faut gérer les liquides bouillants , les préparations de légumes , le chrono qui tourne et la volonté de réussir enfin un repas complet .
Au bout de plusieurs heures , la table est dressée et nous déjeunons tranquillement comme si de rien n'était. Quel soulagement de renouer avec ces gestes de la vie de tous les jours.
La seconde expérience concerne le chagrin .
Les trois dernières semaine , j'ai été malmenée par plusieurs épisodes:
C'est quelque chose qui vous embarque sans prévenir et qui a les mêmes effets qu'une hémorragie . Il faut appliquer les sages conseils de mes thérapeutes , se laisser embarquer par le flux, c'est ça qui lave et qui débarrasse . Après , ça va mieux , la plaie est refermée et l'on peut de nouveau agir . Cela ne sert à rien de résister ou de se dire toutes les fausses  bonnes paroles du style : " tu t'en sors bien: ma voisine , elle est restée aphasique , la  grand mère n'a plus jamais reparlé et le beau frère d'Untel ne marche toujours pas ... Quand je suis comme ça dans le chagrin , je ne veux surtout pas qu'on me parle des autres mais qu'on respecte ma douleur et qu'on me laisse aller au bout , Même si  ça  fait de la peine  .
Petite conversation avec mon fils sur la gestion du changement dans les organisations professionnelles , chaque chose se fait en son temps , cela ne sert à rien de vouloir respecter les objectifs si on ne laisse pas un temps de maturation entre les étapes . Donc , je mature , je mature , je mature .
Je sais bien qu'il est très pénible pour l'entourage de me voir pleurer d'un seul coup. Chacun le ressent comme un reproche pour lui même . comme s'il n'avait pas été capable d'éviter cet instant ou capable de le calmer facilement . C'est pourtant une réaction qui doit se faire et qui porte en elle sa propre guérison.
Respecter ma douleur c'est aussi la laisser s'exprimer sans que vous me disiez :" ça va aller" . C'est dur pour vous , c'est contraire à la nature , mais c'est essentiel pour que je puisse surmonter les choses . Dites moi juste : " On pense à toi ".
Et puis après , vous verrez ça ira mieux  très vite parce que je passe d'une émotion à l'autre et je retrouve  le plaisir de rire et de plaisanter .
  Merci de faire cet apprentissage avec moi , on va s'en sortir .
   Monique