lundi 22 juillet 2013


Lundi 22 Juillet
Bonjour ,
je termine ce blog aujourd'hui où je passe une nouvelle décennie. Je viens de quitter la Tour Blanche , la période d'hospitalisation complète est terminée. Après une pause bien attendue , je reprendrai la rééducation en hospitalisation de jour , à Issoudun vers la mi-Aout.
Je continue à récupérer pas à pas . C'est fou ce que le cerveau , peut contenir . Vous n'imaginez pas le nombre de choses que vous faites sans y penser . Pour moi ce sont des acquisitions qui s'enchaînent les unes après les autres, mais dans un ordre précis. C'est cette précision qui me pose le plus de problèmes . Comme le père d'Amélie Poulain , qui découvre tous les jours de nouvelles photos de son nain de jardin à travers le monde . Je ne comprends pas , je ne comprends pas pourquoi je ne sais plus additionner sur le papier alors que j'ai récupéré le calcul mental . Pareil pour l'anglais , les mots me reviennent facilement en mémoire mais quant à écrire , c'est une autre affaire. Je ne comprends pas pourquoi je ne sais plus situer les objets alors que je me dirige à gauche et à droite dans les rues sans problème .
En réalité c'est mon cerveau qui décide de ce qu'il va récupérer et quand il va le faire . C'est pénible pour moi, car voyez-vous , j'ai gardé certains réflexes d'autorité . Il faut avoir confiance, les choses se font toujours mais sans que je puisse les contrôler. Tout ce que je peux faire c'est garder le moral envers et contre tout . Cela n'est pas toujours facile et j'ai quelques baisses de régime.
La récupération purement physique a été spectaculaire. Il me reste encore une gêne au niveau du champs visuel . Les choses à ma droite sont dans un brouillard . Les thérapeutes m'ont expliqué que ce n'était pas une baisse de la vision , mais une sous-utilisation des neurones qui conduisent au décryptage des images . En fait, je vois les choses mais il me manque les outils pour les comprendre et les interpréter . Heureusement la réalité me rappelle à l'ordre très vite : La marche d'un escalier que je n'ai pas vue, le poteau que j'ai évité de justesse, la phrase entière que j'ai "coupée" dans un exercice de lecture à haute voix .
Ce que je préfère dans la rééducation , c'est tout ce qui concerne la réorganisation des mots et des actions. Par exemple on me donne un texte écrit dont les phrases sont mélangées. Il faut alors reclasser et recomposer l'histoire en partant à la recherche de chaque indice de liaison. J'adore , j'ai l'impression de redevenir comme avant .
 D'autres exercices me serrent la gorge , et là, il me faut tout le talent de mes thérapeutes chéries pour ne pas couler à pic .
Je suis extrêmement fatiguée, je dors comme une bienheureuse, je me réveille pour les exercices  et me rendors dès que j'ai quelques minutes de pause. Les professionnels disent que cette très grande fatigue durera plusieurs mois.
Une page se tourne . Derrière moi, les heures terribles du cercueil de pierre, devant moi, tous les possibles .
Il m'arrive de plus en plus souvent maintenant de me dire : "et si j'essayais ça ".Comme je suis en forme physiquement , je vais pouvoir reprendre la marche dans la nature, d'autant plus qu'il fait un temps magnifique en ce moment , et cela effacera toute ces longues journées d'hôpital . Je n'oublie pas ce qui s'est passé mais les souffrances sont cantonnées dans une partie spéciale de mon cerveau . Je sais que c'est là mais cela me fait moins pleurer. La confiance revient comme les mécanismes oubliés , et , mon Dieu! Que c'est agréable de pouvoir compter sur soi sans avoir à rappeler à l'ordre les neurones éparpillés . Il ont enfin compris qu'ils devaient s'activer tout seul sans que je sois derrière chacun d'eux .
Profitez bien de votre savoir faire, c'est ce qui fait l'intérêt de la vie.
   Je termine ce blog, j'écrirai la suite de l'histoire avec chacun d'entre vous dans la vie de tous les jours et je me fais une joie de vous retrouver , non pas comme avant mais différemment .
  Bien amicalement
   Monique

lundi 8 juillet 2013

08-07-13 - Retour à la peinture !

En passant sur le quai , hier, Monique m'a tiré par le bras et m'a montré ce petit coin "repos"... C'est chez notre voisine et amie, Sophie . C'est séparé du passage public par quelques branches, c'est invisible , c'est tout petit et c'est en paix . Monique m'a dit : "j'y vois ma convalescence" .
   Alors , moi qui tourne en rond depuis trois mois, sans savoir par quel moyen reprendre le contact avec la peinture ,aujourd'hui, j'ai repris tout naturellement, sans effort, sur ce motif ... Il y avait la conjugaison mystérieuse entre un lieu bien particulier
, une émotion de Monique,et le fait que j'ai senti , sans l'ombre d'un doute, que c'était "le bon jour"...

dimanche 7 juillet 2013

Monique au travail dans la cour intérieure à la Tour Blanche


07-07-13 ,

 7-07-2013  - Texte dicté par Monique:

"Automatiser, Compenser "
Les quinze derniers jours ont été riches en évènements . Après une très longue période de latence ,je passe une nouvelle étape avec deux verbes d'action : "automatiser , compenser". Le cerveau continue son formidable travail dans deux directions . Il faut tout d'abord chercher à automatiser ce qui ne marche plus . refaire les gestes des dizaines de fois, refaire les opérations , recompter la monaie , placer la main droite tout de suite au bon endroit, trouver les objets , sans lancer les doigts dans toutes les directions. Quelque fois les automatismes reviennent très vite comme par exemple , nouer des lacets et d'autre fois , les automatismes mettent de trop longues semaines à s'inscrire dans mon cerveau : j'ai toujours du mal avec le "7" et le "P"  ; sans doute ces signes ont une histoire personnelle avec moi et se vengent d'éventuelles maltraitances dans le passé . Je n'ai jamais aimé le chiffre 7, mais ce qui est bizarre c'est que le "P" est la première lettre de mon nom de jeune fille ....
Quand les automatismes sont créés, ce qui demande un temps variable , c'est le bonheur total . Je trouve l'interrupteur des lumières , Je fais sècher le linge sans hésitation en trouvant pour chaque vêtement la façon de le disposer. Mes gestes sont plus directs . Il y a une relation qui s'établit entre la fonction ,l'objet , et sa localisation .
Parfois l'automatisation ne donne aucun résultat . J'ai beau répéter des centaines de fois des mécanismes , ça ne rentre pas .Et là , je sens bien que le chemin a disparu , il faut donc que mon cerveau invente une nouvelle façon de faire pour atteindre l'objectif . C'est à ce moment là que ça devient compliqué et que le découragement me guette .
Cette semaine , la Tour Blanche a accueilli des ados de 3eme pour un stage d'orientation . J'en avais deux à côté de moi, et la thérapeute leur expliquait le cas . Je n'ai jamais vu des mines aussi stupéfaites quand j'ai commencé l'exercice :" à gauche , à droite, desssus , dessous". Ils n'arrivaient pas à comprendre que je ne savais pas reconnaître la droite et la gauche . J'ai moi-même été très affecté par la découverte de cette nouvelle incapacité. Mais bon sang !, ça ne s'arrêtera jamais ?.
Quelques heures plus tard , je me suis rendue compte que justement c'était ma chance de découvrir encore et toujours des zones d'ombres , parce que ça me permet de savoir sur quoi il faut travailler. C'est pourquoi , je compense , je compense .
C'est à ce moment là que les thérapeutes interviennent avec tout leur savoir faire , car ils me mettent sur le chemin sans jamais faire à ma place . C'est souvent terriblement difficile de construire toute seule les circuits . J'ai de nouveau l'impression d'être dans le cercueil de pierre, et l'émotion déborde.
Au bout d'un certain temps , Eureka ! je sens physiquement que le nouveau circuit s'active ;ca fait ding ding comme au flipper et je ne peux pas m'empècher de faire un grand sourire avec le " Yes I can" d'Obama .
En ce moment je galère avec " à droite à gauche" et je sens que j'y suis presque .
Ces exercices m'épuisent et je dors beaucoup . Tant mieux , pendant ce temps là mon cerveau se recharge , pas de dépression à l'horizon , je suis au four et au moulin et ça passe malgré les obstacles .
Mes dernières victoires : Le retour à la vie sociale , les conversations entre amis, l'intérêt pour la vie professionnelle. Chaque jour apporte une nouvelle conquête et je me sens  bien dans ma nouvelle peau . Certes , un peu abimée mais pleine de possibles et surtout , je me sens tellement rassurée par toutes vos manifestations d'amitié , vous avez été adorables et vous me faites un bien fou .
Monique

jeudi 27 juin 2013

27-06-13 : Quelques images pour "l'anniversaire"...

Depuis le 27 Mars , toute envie de peindre m'a quitté...
   Je sais que cette envie va revenir, je sais même que c'est pour bientôt car il y a des signes ... Mais depuis trois mois , mon moteur de peintre est en panne. Complètement à sec...
   J'ai bien fait un essai , quelques jours après l'accident . J'étais ce jour là en colère contre le sort et j'avais cassé une pomme à la main , pour me défouler ou quelque chose comme ça ... J'ai peint cette pomme à côté d'un panier vide, car c'étaient bien ces deux choses qui m'occupaient entièrement l'esprit : Le sentiment de vide et celui de rupture .





J'ai eu une impression très pénible en peignant, j'ai  failli abandonner , je ressentais de la culpabilité  en me livrant à une activité futile, en me distrayant  ...
Un mois après , quand l'espoir est revenu et que Monique faisait des progrès  réguliers, j'ai voulu faire une autre toile symbolique pour effacer les impressions de la première . J'ai installé une pomme entière et le bols du petit déjeuners en pile . La pomme était reconstituée, la personnalité de Monique était revenue, entière,  et notre quotidien reprenait sa tranquillité, comme s'empilaient ces bols et comme s'ajoutaient aussi, ses savoirs récupérés .


J'ai aussi dessiné quelques pages de carnet dans la chambre de Monique, l'arbre voisin , une vue de la cour 
etc...
  • Mais ce qui m'a tenaillé l'esprit pendant ces trois mois , c'est la volonté de reprendre les carnets que j'avais commencé pour les petits enfants à naître , et il y en a deux. J'ai fait ces deux petites séries d'illustrations en un mois , en laissant, en reprenant ... Il n'y a pas de quoi pavoiser, en temps normal , c'était fait en un soir...
  • Voici la première histoire :








Et  voici la deuxième que je viens de terminer et de mettre à l'encre ce soir , la deuxième histoire de la "dame de la Tour Blanche"










Et voilà , c'est en mettant en couleur ce dernier dessin que j'ai vu passer l'heure anniversaire  de cette soirée étrange ou, il y a trois mois , jour pour jour, tout a basculé . Les semaines qui ont suivi sont pour moi plongées dans l'obscurité . Je déteste parfois les souvenirs qui émergent par surprise de ce noir profond. Ce n'est peut-être pas un bien de les y laisser mais pour le moment je m'efforce de les recouvrir de grandes pelletées d'oubli .... Je préfère regarder des photos comme celle-ci, prise dimanche dernier et que je veux partager :




dimanche 23 juin 2013

Dimanche 23 Juin

Texte dicté par Monique dimanche matin:
Deux expériences qui comptent ...
Cette semaine , j'ai emmené un projet jusqu'au bout , quand je dis "je", c'est grâce à mes thérapeutes chéris qui me conduisent de main de maître à travers le dédale des savoirs et des savoirs faire . Merci à eux tous , ils me rendent la vie . Bon, mais ils sont terriblement exigeants
 Au menu , cette semaine, confection d'un repas pour trois personnes , service et rangement ...On commence à 9h30 le matin par la liste des courses et on termine à 14h par la vaisselle et le rangement.  C'est trop trop dur de tout gérer , mais j'arrive à ne pas écouter la petite voix qui dit : " ça va se faire en 5 mn" , car c'est du temps qu'il me faut maintenant pour faire se  connecter ensemble mes cellules . Le problème c'est que , je continue à  avoir l'impression de savoir et de gérer les difficultés mais dans la réalité  je suis dans un labyrinthe avec une multitude de fausses portes. Je prends les chemins au hasard . Quelque fois ça donne tout de suite le résultat attendu , mais souvent , je tourne en rond sans comprendre .
Courses au supermarché . Je me fais insulter par un gamin mal élevé qui trouve que je ne vais pas assez vite ,je cherche dans les rayons des choses qui sont sous mes yeux . Je suis très concentrée mais le monde me fait peur , il va trop vite pour moi et je n'arrive pas à trouver la bonne distance physique , car je ne  localise rien sur mon côté droit. Heureusement , on me fait faire beaucoup d'exercices pour utiliser les yeux et cela me fait du bien.
Les courses finies , nous rentrons préparer le repas . J'ai l'impression d'être aux commandes d'un sous marin nucléaire , c'est tout juste si je ne cherche pas le mode d'emploi . Première partie réussie : la tarte aux pommes sort du four , il est 11h. Ça va , je me rassure . Je ne me rends pas compte que je suis fatiguée et les choses ne s'enchaînent plus , je fais revenir les oignons dans une poêle minuscule et je ne comprends pas pourquoi ça ne marche pas ,  mais c'est bien sûr , il faut utiliser plusieurs instruments , ma thérapeute me l'explique .  Merci , la pression monte , on se croirait dans "Master chief". Il faut gérer les liquides bouillants , les préparations de légumes , le chrono qui tourne et la volonté de réussir enfin un repas complet .
Au bout de plusieurs heures , la table est dressée et nous déjeunons tranquillement comme si de rien n'était. Quel soulagement de renouer avec ces gestes de la vie de tous les jours.
La seconde expérience concerne le chagrin .
Les trois dernières semaine , j'ai été malmenée par plusieurs épisodes:
C'est quelque chose qui vous embarque sans prévenir et qui a les mêmes effets qu'une hémorragie . Il faut appliquer les sages conseils de mes thérapeutes , se laisser embarquer par le flux, c'est ça qui lave et qui débarrasse . Après , ça va mieux , la plaie est refermée et l'on peut de nouveau agir . Cela ne sert à rien de résister ou de se dire toutes les fausses  bonnes paroles du style : " tu t'en sors bien: ma voisine , elle est restée aphasique , la  grand mère n'a plus jamais reparlé et le beau frère d'Untel ne marche toujours pas ... Quand je suis comme ça dans le chagrin , je ne veux surtout pas qu'on me parle des autres mais qu'on respecte ma douleur et qu'on me laisse aller au bout , Même si  ça  fait de la peine  .
Petite conversation avec mon fils sur la gestion du changement dans les organisations professionnelles , chaque chose se fait en son temps , cela ne sert à rien de vouloir respecter les objectifs si on ne laisse pas un temps de maturation entre les étapes . Donc , je mature , je mature , je mature .
Je sais bien qu'il est très pénible pour l'entourage de me voir pleurer d'un seul coup. Chacun le ressent comme un reproche pour lui même . comme s'il n'avait pas été capable d'éviter cet instant ou capable de le calmer facilement . C'est pourtant une réaction qui doit se faire et qui porte en elle sa propre guérison.
Respecter ma douleur c'est aussi la laisser s'exprimer sans que vous me disiez :" ça va aller" . C'est dur pour vous , c'est contraire à la nature , mais c'est essentiel pour que je puisse surmonter les choses . Dites moi juste : " On pense à toi ".
Et puis après , vous verrez ça ira mieux  très vite parce que je passe d'une émotion à l'autre et je retrouve  le plaisir de rire et de plaisanter .
  Merci de faire cet apprentissage avec moi , on va s'en sortir .
   Monique

lundi 17 juin 2013

Lundi 17 Juin -soir

Il y avait trois gestes "rituels" que je m'étais juré de faire lorsqu' au début, quand tout allait mal, je rêvais d'un temps ou tout irait de nouveau bien .
le premier de ces gestes était de refaire la dernière promenade aux Chézeaux près de St Gaultier, promenade que nous avions faite un peu avant l'AVC, un jour de beau temps...  Cette promenade était pour moi le dernier souvenir d'une vie qui ne devait jamais devoir basculer dans "autre chose" .
J'ai repensé  souvent depuis à cette balade, c'était la première de notre "saison de marches" qui se termine en été par nos grandes randonnées dans le Vercors, à Chichilianne .
  On était bien , à mille lieux de deviner ce qui allait nous arriver.
Lorsque Monique  a commencé à pouvoir quitter le fauteuil roulant, je m'étais promis : " Quand tout ira mieux, nous referons la promenade des Chézeaux"
 Nous l'avons faite samedi et je ne vous raconterai pas l'émotion que chaque pas m'a  donné en cadeau.
 Les deux autres gestes restent à accomplir : visiter ensemble le Jardin Botanique, devant l'hôpital de Tours, que je n'ai jamais visité mais devant lequel je suis passé en bus si souvent, quand j'allais rejoindre Monique...
 Et retourner dans le petit restaurant ou j'allais le soir, et ou le patron , sans la connaitre, cuisinait une merveilleuse purée de pommes de terres à la crème et muscade, pour que j'aille la porter à Monique et améliorer les menus du CHU... Il n'a jamais su qu'elle était trop mal, et qu'elle ne l'a pas mangée mais le geste était beau .
Ces deux derniers gestes me semblent faciles à présent ,et seront accomplis avant l'été .
Et puis ,nous rêvons tous les deux à un autre voeu, qui serait de retourner à Chichilianne...  de  revoir le Mont Aiguille et une petite statue de la Vierge qui nous est particulièrement chère et qui nous attend ...
Le reste du week end au moulin a été serein, bien que le "cerceuil de verre" soit venu rôder encore un peu, comme pour nous avertir : " tout n'est pas récupéré ... Il reste du chemin ".  Monique appelle le "cerceuil de verre" le souvenir de ses premières impressions , quand  à Chateauroux, elle ne pouvait pas communiquer et qu'elle se sentait en prison dans son corps . Elle a de ces terribles moments des retours d'angoisse quand elle y repense . Qu'un évènement , même banal lui donne l'impression de ne pas pouvoir communiquer sa pensée, qu'une impossibilité ou une maladresse liée à l'hémiplégie advienne,  les larmes  arrivent très vite , et les mots : " c'est le cercueil de verre qui revient ". Il sera long à oublier , celui-là...
  Mais il y a eu aussi de très belles heures au jardin, cette promenade tant attendue , des conversations ou nous allons en quête de tous les mots possibles pour nous comprendre parfaitement, et encore mieux affronter les batailles qui nous restent.
Je suis au bord du ring, du côté des cordes ou l'on ne risque rien, Monique se repose sur le tabouret, elle vient de terminer victorieuse le round du retour à la marche, je l'apaise et la détend, lui parle doucement ... La cloche retentit pour le round du retour à l'écriture... Allez Monique , boxe!

Dominique

samedi 15 juin 2013

Bonjour,
 c'est Monique qui dicte et c'est Dominique qui écrit :
Je suis contente de vous retrouver, la semaine a été riche en émotion et en tentation de découragement, heureusement, les choses se sont tassées grâce à un cheminement  qui m'a permis d'aller dans le "dur" , c'est à dire la récupération de la mémoire immédiate, les lettres , les chiffres etc...etc...

Comme je vous l'ai dit , c'était une semaine positive et je vais donc insister sur les acquis. Une sorte de rapport d'étape comme pour le tour de France . Malgré les jours qui passent , je me sens très insérée dans l'actualité .
Premier constat : J'ai récupéré la totalité de mon enveloppe corporelle d'avant( moins  5kg ... ce qui me va très bien ...) , tous les matins , je fais une demi heure de marche rapide sur le tapis ( vitesse 5kmh ...) trois fois par semaine , je fais de la rééducation physique : cross dans les jardins derrière Issoudun . Ce sont des espaces décorés et entretenus par des retraités passionnés qui en ont fait un paradis , ça s'appelle Frapesle. Je me régale avec les fleurs qui explosent en ce moment, il y a aussi une superbe maison ou Balzac aurait vécu .
 Chaque matin j'ai une heure de Kiné , je lance des anneaux en plastique sur des cibles avec des objectifs de plus en plus ambitieux . à droite à gauche , de près de loin . Hélas l'hémiplégie m'a abîmée le côté droit et je rate souvent les cibles . Bon , mais ce n'est pas encore trop ça qui m'énerve... Ce qui m'énerve , c'est de me coincer méchamment le bras dans une porte, comptez le nombre de fois ou vous ouvrez une porte dans une journée et mettez vous à ma place ... Tout ce qui est récupération physique est pratiquement acquis , je descends les escaliers et je les remonte . J'ai repris la broderie . Je range la cuisine mais avec quelques difficultés pour localiser les objets, en revanche maintenant , je sais à quoi ils servent et je sais les différencier . Parce que franchement , entre une petite cuillère et une grande cuillère , il n'y a pa beaucoup de différence. Jeudi , nous avons avec deux autres patients , fait quelques pas de danse et tout est revenu comme par magie  . J'ai beaucoup moins d'hésitation dans les gestes et le rythme de la marche est normal. Je dois certainement mieux y voir du côté droit car je ne rencontre plus ces obstacles fantômes qui se précipitaient à toute vitesse sur moi , cela me donne aussi un air plus assuré, j'ai retrouvé aussi le plaisir de faire des plaisanteries et je ne m'en prive pas avec mes compagnons et les soignants .
Une grande première aujourd'hui : Dominique m'a "lâchée" dans un super marché  avec une liste de quelques courses , nous avons fait notre maximum en une heure et demi pour trois objets simples . Il faut que je m'entraîne car la semaine prochaine je passe le "permis :courses -préparation cuisine-service  en une seule épreuve" . J'ai beaucoup révisé ce week end, j'espère que ça va aller. Ce qui m'est difficile c'est de refaire les gestes de la vie d'avant alors qu'une sale petite voix me dit : " Mais allons! tout ça tu savais le faire" et cette sale petite voix me fait pleurer plus souvent qu'à mon tour.
Si l'alphabet me pose encore des problèmes, mon écriture est maintenant plus assurée, j'ai même retrouvé ma signature. Pour confirmer tous ces progrès , j'ai acheté un cahier de devoirs de vacances : Je commence au niveau 1 en CP et je compte bien arriver en Sixième pour la rentrée de septembre . Pourtant je n'apprends pas comme un enfant , parce que je sais que je sais , mais je n'ai plus les mécanismes qui me permettent d'aller fouiller dans le stock des savoirs. Par exemple je ne sais plus écrire un mot mais je sais l'épeler sans faute . Il m'arrive même de renseigner mon entourage sur les histoires de deux "p" de deux "m" et les accords du participe passé ...
L'hospitalisation se terminera fin juillet , une nouvelle vie va commencer, vous me connaissez , je me fais du souci, mais de toute façon j'y arriverai . Il y aura peut-être des séquelles mais encore une fois : tout est surmontable .
   Amitiés
Monique

lundi 10 juin 2013

lundi 10 juin soir

Je hais le mot "séquelles"...
   Ce petit mot dont on ne se méfie pas à priori, qui sonne guilleret comme le nom d'une chose légère, un champignon par exemple: " j'ai trouvé un coin dans le bois qui est couvert de séquelles" , ou : "j'ai ramené un panier entier de séquelles, en omelette , elles étaient délicieuses"
   Et pourtant ce petit mot ,qui n'a l'air de rien, est redoutable .
 Il définit la trace indélébile d'un accident, la marque dans la chair laissée par une maladie, il résume en deux syllabes , une chose que l'on pouvait faire et que l'on ne fera jamais plus, une vie qui ne sera jamais plus la même, le point de rupture entre un passé et un futur .... je hais ce mot aux allures délicates mais qui est coupant comme un rasoir...il prend toute sa dimension lorsqu'on l'entend prononcer pour la première fois à propos de celle qui est à vos côtés .
   Il s' adoucit parfois en s' accolant avec le point d' interrogation . Là , il reprend le costume du provisoire et son évocation devient supportable . Mais quand même. .. Quel vilain petit vocable !
    Ce que j'ai appris en observant les habitants de la Tour Blanche et en les écoutant , eux pour qui les "séquelles " sont si visuellement définitives et qui en subissent les effets jusqu'au bout de leurs insomnies, c'est que si les "séquelles" sont , comme dit Monique " des petites morts" , des portes qui se ferment sur un chemin qu'on croyait tracé, il faut croire dur comme fer, que pour chaque porte fermée , il y en a d'autres qui s' ouvrent, inattendues vers des chemins nouveaux.
    Dominique

dimanche 9 juin 2013

Dimanche 9 Juin

Bonjour ,
quelques nouvelles de Monique écrites en ce dimanche matin pluvieux... Je reprends la main sur le texte pour donner le regard de "l'accompagnant",de "l'entraineur", Monique fera la fin, en me dictant, comme chaque week end à présent ...
Si l'AVC était un jeu de construction, depuis le grand chambardement du 27 Mars qui a mis toutes les pièces à l'envers, les épisodes de la partie sont inattendus et imprévisibles . On nous avait bien dit que chaque individu menait sa propre partie, à sa façon, et qu'aucune ne pouvait être prise comme modèle.  c'est vrai : Chaque "AVC-iste" de la Tour Blanche récupère à son rythme. Monique a lié des amitiés avec certains d'entre eux et les récits de vies de chacun sont très impressionnants .
Pour Monique,les progrès physiques ont été les premiers et les plus rapides. Les pièces du jeu se sont reformées : c'est un jeu de construction mais ce n'est pas une pyramide régulière .Les parties se remettent en place en ordre dispersé .
Les pièces les plus longues à revenir sont celles de l'écriture , du calcul et de la mesure du temps.
L'architecture générale est pourtant là , précise et étendue : souvenirs du passé, langage aisé , pensée cohérente , humour et même reprise de ses anciens chevaux de bataille du genre :" est-ce que tu as pensé à ..."
"l'aventure intérieure" de Monique et de son esprit, est entrée cette semaine dans une phase de réflexion sur le futur, le retour à la vie s'accompagne du retour des préoccupation de la vie .Conduire une voiture ,travailler , être autonome , nager , faire du vélo, marcher dans la montagne etc...
C'est à ces moments que le moral peut faire des montagnes russes, mais les crises de désespoir sont moins fortes et moins nombreuses. Je ne l'ai plus vu pleurer depuis plusieurs semaines, je pense qu'il lui arrive encore de le faire , mais elle le fait en douce. Elle a "repris le contrôle" et a le courage de faire toujours bonne figure . Elle s'applique à elle même le conseil qu'elle donnait à l'un de ses amis de la Tour Blanche qui se laissait aller dans son fauteuil :" redressez-vous, vous êtes quand même mieux comme ça" . Monique se redresse moralement tous les jours et ce n'est pas quelque chose de facile .
Pour être dans les faits précis: Nous avons passé hier samedi une journée tout à fait "comme avant". Sortie en ville avec la rue piétonne un jour de marché , vie quotidienne et rigolades.
Je retrouve de plus en plus ma femme et le moulin, ses habitudes.
     Dominique


Bonjour ,
  Une semaine pas facile . J'ai perdu "l'équilibre" plusieurs fois et il a fallu que je me batte vraiment contre la mélancolie . En grec , la mélancolie , ça veut dire la " bile " noire et c'est exactement ce qui me submerge .je suis sûre que ça vous arrive aussi. cependant je suis moins submergée qu'il y a un mois, je me récite en boucle tout ce que je fais de nouveau . Certes , j'ai besoin de Dominique pour me rappeler toutes ces choses car avec l'AVC la mémoire immédiate s'est effacée.
C'est une une sensation curieuse de ne plus se rappeler ce qui vient de se passer, alors que je me rappelle parfaitement de tout ce qui a précédé l'AVC . Je l'ai constaté à plusieurs reprises : mon No de compte en banque , mon no de SS, certains tel professionnels, les dossiers chauds sur lesquels j'avais travaillés, les échéances importantes sont revenus tout de suite, en revanche , j'ai du mal à me rappeler de ce que l'on me dit le matin . Par exemple : j'ai vu longuement le médecin mardi dernier , mais heureusement que Dominique était là car je ne me souviens plus très bien de ce qui a été évoqué .
Bon, je développe la "positive attitude" et je vais m'efforcer de profiter du système à fond :" ah bon? j'ai dit ça ? Nonnn C'est pas possible ...Une sorte d'utilisation à finalité thérapeutique de la mauvaise foi.A utiliser modérément ... Mais je pense que je vais enfin pouvoir faire passer certaine choses:  je ne fais plus la déclaration d'impôt ( j'sais plus compter...),je vais multiplier les travaux dans le moulin( au delà de cent je ne comprends plus les additions ), je ne paye plus rien car je ne sais plus faire de chèque , mais je me rappelle de mon code de carte bleue , je m'en suis servi une fois pour acheter des vêtements il y a une semaine .J'ai bien compris que je ne pouvais utiliser ce chantage qu'avec parcimonie car il ne faudrait pas que vous me considériez comme une femme sans raison.
Malgré cette semaine difficile, je progresse et je comprends de nouvelles choses : Pour reconstruire les circuits détruits, il faut que je décrive mentalement chaque action avant de la lancer . ça m'épuise , j'ai constaté que c'était totalement inutile de lancer ma main droite devant moi , en espérant qu'elle allait rencontrer miraculeusement l'objet que je cherche . Il faut bien au contraire ,pour chaque geste, réfléchir à toute la série d'actions nécessaires avant de parvenir au résultat.
On me fait lancer des balles dans des directions qui changent en permanence et il faut que je réfléchisse avant, à l'endroit ou elle vont tomber pour que je puisse espérer les rattraper au mieux ,une fois sur trois .J'ai l'impression d'être très lente car je trimbale avec moi un paquet de processus. Pour vous , ça vient tout seul et vous ne savez même pas que vous faites tout ça . Pour moi , ça me demande une  terrible concentration qui n'aboutit pas toujours.
Certaines lettres m'échappent encore alors que je les ai copiées sur des dizaines de pages dans mon cahier écolière. Pour me rafraîchir l'esprit , on me fait faire des coloriages , mais attention : sans "crabouillage" , je ne dois pas dépasser les traits. Ce qui m'est difficile car avec l'hémiplégie , je ne contrôle pas bien mes gestes .
Globalement la semaine a apporté son lot de progrès et mon moral, aujourd'hui est meilleur.
      Je pense bien à vous
   Amitié Monique

dimanche 2 juin 2013

Dimanche 2 matin

Bonjour,

Petite étude comparative sur la qualité et l'hémiplégie.

Depuis plusieurs semaines maintenant je m'attache à détailler les actions et les processus pour pouvoir retrouver mes 2 moi : celui qui pense à toute vitesse et celui qui ne comprend rien.
Je suis sans cesse "partagée" entre le moi intérieur qui me raconte la vie d'avant, et le moi extérieur qui m'envoie des signaux  : " stop! au delà de cette limite , tu ne sais plus rien...".
Heureusement ma famille, mes amis et mes soignants sont tous sur le pont pour me persuader du contraire.
Et ça finit par rentrer ...
 
De la "démarche qualité" , j'ai bien retenu qu'il fallait "décrire , décrire , décrire...  Ce n'est pas une question de détail mais une question de sens.
A la Tour Blanche, on m'a bien expliqué , que je pouvais mémoriser de nouveaux processus qui seraient faux. Parce que mon esprit ne peut pas encore faire la différence. Catastrophe !
C'est déjà terrible de tout réapprendre, alors si je risque de réapprendre des choses fausses ou inutiles, je ne joue plus.
C'est pourquoi, je sollicite à chaque instant mon entourage pour qu'il m'apporte les corrections nécessaires.
Quand l'entourage est médical, cela se passe sans heurt. Mais quand l'entourage est familial ou amical, il y a parfois des incompréhensions. Du style : "mais tu sais déjà manger toute seule, qu'est-ce que tu nous embêtes à vouloir réécrire de mémoire le passage de l'Ecclésiaste: " Il y a un temps pour pleurer et un temps pour rire, un temps pour déchirer et un temps pour coudre ".
Moi, j'ai beaucoup déchiré et maintenant, je couds et recouds avec acharnement mes deux vies.
Ce que m' a appris la qualité , c'est d'abord la patience : On fait, on défait, on décrit interminablement, on passe sans cesse des audits qui vous renvoient des chaos , alors que vos intentions étaient les meilleures du monde.
Oui mais voilà ce n'est pas l'intention qui compte dans la qualité et l'hémiplégie, c'est l'objectif qu'on s'est fixé. Et bien sûr la vérification de la conformité de la réalisation à cet objectif. En clair, je pourrais me donner comme objectif d'inventer un nouvel alphabet, à condition que cet alphabet soit universellement adopté, à commencer par moi. La difficulté c'est que j'oublie d'une minute à l'autre ce que j'ai créé. Donc mon système qualité , n'est ni fiable ni stable.
Je reviens donc aux fondamentaux , A B C , 1 2 3 4 5 ... Et là , j'ai une horrible tentation : me perdre dans un système qualité très complexe , très savant mais inutilisable. Je dois faire le tri entre les connaissances non indispensables immédiatement et celles qui vont me permettrent de créer une nouvelle vie .
Ainsi , la démarche "qualité" s'auto-alimente toute seule indéfiniment. Ce n'est pas parce qu'on a appris la norme "machin" ou à manger toute seule , qu'on est au bout. Il y a toujours des déclinaisons de la norme et du savoir humain.
Petite précision pour ceux et celles qui n'aiment pas la démarche qualité : je suis désolée de vous écrire tout ça , cela se fait malgré moi , les qualiticiens d'Alisé m'ont profondément marquée , c'est entièrement de leur faute, ils n'ont pas cessé de me baratiner depuis dix ans. Et en plus , il aimaient ça . Il y avait quand-même un petit bémol, c'est que les entreprises râlaient beaucoup et me faisaient des remarques amères sur le coût exorbitant de toutes ces plaisanteries ...
Pauvre de moi, je disais à tout le monde , à quel point cette démarche allait leur faire gagner des places dans la compétition internationale.
Je vous laisse sur ces réflexions qui ne manqueront pas, je l'espère, d'apporter de l'eau à votre moulin . Vous me connaissez , au fond je suis une femme très consensuelle : si vous n'aimez la qualité, critiquez la, mais n'en dégoûtez pas les autres .
 Amitié
 Monique

samedi 1 juin 2013

Samedi 1 juin soir -dicté à Dominique


Bonjour,
    Une bonne semaine de récupération: j'ai l'impression que mon cerveau cicatrise , je me sens plus calme , et plus équilibrée . Mine de rien , les grands désespoirs de fin d'après midi, ça attaque ... Mais depuis une semaine je me sens plus forte , les journées se passent comme des journées de travail: un emploi du temps chargé, des déjeuners de travail , des rencontres comme si les amis étaient dans le bureau d'à côté , des potins .
    Jeudi , nous avons fait une grande fête qui nous a tous mis en compétition . le matin , nous avons concourru par équipes, en changeant de discipline tous les quarts d'heure . C'est le tir à l' arc qui m'a le plus emballée , principalement je pense , parce que j'ai retrouvé des sensations du côté droit . il m'a semblé que mon corps se réunifiait au moment du tir .L'après midi nous avons admiré des démonstrations de ceux qui sont en fauteuil , chapeau pour leur habileté!
 Une mention spéciale à toute l'équipe de soignants qui ont organisé cette journée en plus de leur travail habituel, cela traduit le climat si particulier qu' il y a à la Tour Blanche : les soignants ne font pas que soigner , ils vont bien au delà et apportent leur enthousiasme en plus de leur professionnalisme.
    Merci encore à eux tous .
   Aujourd'hui , j'ai pu faire une grande marche rapide pendant une heure trente , sans craindre les obstacles. Il faut vous dire que comme j'ai perdu le contact avec la moitié de mon corps, tout me surprend.
Je m'exerce à regarder de côté sans tourner la tête pour agrandir mon champ de vision . Vous ne vous rendez pas compte à quel point vous voyez large...Moi je suis obligée de lancer des regards de côté dès qu'il y a le moindre bruit pour comprendre ce qui va m'arriver. Malgré tout , les progrès sont là et je me coince moins souvent les bras dans les portes et j'ai moins besoin de calculer les distances qui me séparent des objets de la vie courante.
   Je vous donne rendez vous à demain car je voudrais vous faire un petit topo à ma façon sur la "démarche qualité" chez les hémiplégiques .
   Amitié
Monique

dimanche 26 mai 2013

Dimanche 26 matin - texte dicté


Bonjour 
Me voici de nouveau à vos côtés après une interruption de quelques jours et bien contente de vous retrouver , ce dialogue régulier avec vous m'est indispensable car vous m'aidez à faire un point régulier sur mes progrès . J'ai l'impression de remonter vers la lumière . Mon souci est que j'oublie tout au fur  et à mesure  ,alors cela me fait beaucoup de bien de vous écrire . Je garde une impression de " durable" . C'est vraiment bizarre de constater que la vie s'écoule et qu'elle ne laisse plus de trace dans l'esprit. Donnez-moi de vos nouvelles , je collectionne précieusement chaque événement et cela crée dans ma tête un tissus dense sur lequel j'accroche la vie de tous les jours. J'ai du mal à vous expliquer cette terrible sensation de fuite et je compte sur vous pour me raconter toute la vie qui passe , alors que je ne suis pas encore complètement revenue dans mon enveloppe corporelle . Il me faut une foule d'anecdotes, pour que je puisse imaginer vos vies tout autour car j'ai besoin de savoir ce que vous faites et comment vous vivez .  Racontez - moi tout , bien sûr les mariages ,Les grandes fêtes les petits bonheurs du jour , par exemple aujourd'hui dimanche , il fait beau et l'air sent bon  . Dites moi aussi ce qui vous rend heureux aujourd'hui et ce qui vous chagrine. Je continuerai comme ça à vivre avec vous .
     Concrètement Dominique , m'a redonné un mobile sur lequel je peux à nouveau lire mes mails , vous pouvez m'écrire sur mon adresse : mantel.m@wanadoo.fr 
   Les heures passent vite à la Tour Blanche et je suis autant occupée qu'un ministre socialiste en pleine réforme du code pénal , néanmoins , il y a chaque jour un moment de creux vers 17h ou je serais très heureuse de lire vos message qui m'aideront à rester ancrée dans la réalité . 
   Je découvre avec étonnement le monde de la Tour Blanche : la souffrance quotidienne , le courage , les mots vrais, la solidarité , la gaité,l'humour . Je vis dans un monde très dense et très riche et je me sens portée par des milliers de bras . Mes compagnons de misère trouvent toujours le mot qu'il faut et nous plaisantons souvent , même de choses très tristes . Il faut vous dire que j'ai autour de moi toute la misère du monde : des mamans séparés de leurs jeunes enfants , des maris amputés et réopérés plusieurs fois , des vieux couples séparés brutalement . Chacun a son histoire et la raconte avec des mots simples qui vont droit au coeur . Hier j'ai vu un de mes compagnon hémiplégique se redresser devant moi avec un sourire de victoire . Le bonheur total, on a eu un moment de communication parfaite.
     Je vous dit à très bientôt , surtout envoyez moi de vos nouvelles, je ne pourrai peut-être pas vous répondre car j'ai encore du mal avec les phrases et les mots,mais sachez que je ne vous quitte pas d'une semelle . Je conserve précieusement au moulin tous vos mots et vos cartes . Cela fait maintenant un paquet très épais qui me rassure et m'aide à vivre . 
    Merci encore
   A bientôt
    Monique  


mercredi 22 mai 2013

Mercredi 22- Soir

Je viens d'avoir Monique au téléphone et elle était bien , elle avait repris des forces et le coup de dimanche commence à être digéré.
     Elle a eu la visite du médecin comme chaque mercredi matin . Il lui a redit ce que nous avait dit celui de Chateauroux : ce sont des choses qui arrivent après un AVC .
     Elle a repris ses activités de rééducation et retrouvé ses amies, et ses amis aussi puisqu'elle me parle de deux messieurs très drôles , dont l'un porte de "grands bas de contention noirs " ( sic...) Je ne savais pas que le bas de contention était un argument de séduction ... Va falloir que je regarde les collections printemps été.
    Sinon la vie "relativement normale" reprend son cours . J'ai relu tous les articles du blog depuis le début : On a eu le choc et les larmes, la remontée en flèche et les progrès , la route qui paraissait toute droite et s'élargissant, et puis le coup de semonce de dimanche , on a cru que tout était perdu , et puis , on a de nouveau l'embellie...  Maintenant si je peux demander quelque chose, j'aimerais juste un peu de douceur dans le cours des jours .
     On se disait avec Fanny, qu'on pensait quelque fois en regardant ( avec tout le respect qui lui est dû...) le ciel : " Bon ! on a compris  que rien n'est acquis et qu'on est peu de chose...C'est pas la peine d'insister... Pouce!

mardi 21 mai 2013

Mardi 21. 16h

Petit retour en arrière : voici le texte que Monique avait composé pour vous et sans aide ,dimanche matin:

 " Bon jour 
Ce sont mes premiers mots écrits sans aide sur ce fichu clavier.  Je peine comme une malheureuse en poussant d'énormes soupirs à chaque lettre. En prenant le temps je devrais arriver à taper une lettre toutes les heures . ..
Bon , du temps j'en ai largement"

Malheureusement nous n'avons pas pu aller au bout à cause de l'épisode déjà raconté. Monique a profité de ces deux jours de pause avec beaucoup de sommeil ,pour repartir de plus belle . Nous sommes à présent revenus à la Tour Blanche, Monique a repris sa broderie avec un peu de difficulté , les évènements récents perturbent notre quotidien . Demain , elle a prévu de transcrire d'une seule traite les lettres de l'alphabet et de commencer à travailler sur les chiffres... Avec l'ergothérapie , elle réapprend la cuisine: mesurer les quantités, les poser sur la table ' les mélanger, ne pas oublier des ingrédients et faire cuire le temps qu'il faut . Monique a essayé toute seule ce week end: le résultat n'était pas mal , je l'ai mangé avec plaisir (des madeleines...) nous n'en sommes pas encore au vol au vent mais de toute façon on l'achetait tout fait .
      Monique se sent un peu fatiguée après l'épisode "urgences" et un peu moins déterminée mais tout cela va se remettre dans les rails dès qu'elle va pouvoir ,me dit elle, reprendre ses "devoirs de vacances "



Mardi 21 matin

Monique a vécu cette journée du lundi très fatiguée, elle subit le contre coup des crises de dimanche soir ( deux ? m'a-t-on dit ) . Nous avons retrouvé les locaux de la première fois . J'ai ressenti avec une grande intensité le pouvoir que peuvent avoir les décors sur nos émotions . De très mauvais souvenirs qu'on croyait oubliés , refoulés à leur juste place, revivent d'un seul coup à la vue de quelques murs, d'une cafétéria, d'une porte battante par laquelle on peut apercevoir les rideaux blancs des box des urgences...
       Heureusement qu'il y a le personnel soignant, Monique a été accueillie par une équipe qui la reconnaissait, et qui lui a beaucoup manifesté la satisfaction de la revoir aussi changée et en bonne voie de récupération.
     Pas grand chose à raconter pour cette journée, Monique a dormi toute l'après midi . J'ai bien vu que le moral avait été atteint car pendant les moments de réveil, elle interprétait les crises comme un coup d'arrêt dans sa progression...
     Aujourd'hui mardi , elle doit repartir à la Tour Blanche, je vais aller la voir  , j'ai demandé ma journée .
   Nouvelles ce soir
     

dimanche 19 mai 2013

Lundi 20- 3h du matin

Pas d'inquiétude , mais nouvelle alerte dimanche soir.
     Monique s'est sentie mal vers 19h : j'ai appelé le Samu qui est arrivé très vite , et nous sommes repartis pour les urgences ...
      Il s'agissait d'une crise d'épilepsie , ce qui ne remet pas en cause , ni ses progrès ni sa rééducation future  mais qui nous a fait très peur à tous les deux ...
      J'ai suivi l'ambulance à 10 mn  et en arrivant à l'hôpital, Monique était déjà au scanner. L'interne m'a dit que c'était peut-être dû à la cicatrice de l'AVC et qu'ils étaient en train de s'assurer que le saignement n'avait pas repris...
       2h d'attente après , et d'angoisse à l'état pur , j'ai pu voir Monique et le médecin en même temps . J'ai vu tout de suite que l'état de Monique n'avait rien à voir avec la première fois , elle me souriait et m'a tout de suite rassuré .  Le médecin m'a dit que le scan était normal, et montrait bien l'hématome en régression : aucun saignement ....Ouf !
         C'est,paraît-il une conséquence connue des AVC  , la cicatrice est une sorte d'élément intrus dans le cerveau qui peut réagir par de telles crises... Le médecin a même dit que c'était une conséquence "presque normale" .  Nous étions soulagés tous les deux . Je lui ai tenu compagnie jusqu'à minuit. Elle était redevenue comme avant la crise , parlant et bougeant tout à fait normalement . Ils vont la garder en observation pendant 48h dans le petit service à côté des urgences, que je connais bien, et elle repartira ensuite à la Tour Blanche pour continuer la rééducation .
         Donc pas d'inquiétude à présent, ce n'était qu'un épisode de plus , mais quelle trouille j'ai eu ...J'ai vraiment cru que tout recommençait ...
         On se disait quand-même , dans notre petite conversation de fin de soirée , avec Monique , que les temps étaient durs pour nous en ce moment...
    En tout cas j'ai quitté Monique dormant calmement , elle est bien surveillée et va récupérer pendant ces deux jours .
        Ne me téléphonez pas trop  , je serai très occupé   et je ne pourrai pas vous répondre, il faut aussi que je me repose . Je donnerai des nouvelles sur le blog lundi soir.
     Dominique
                 

vendredi 17 mai 2013

vendredi 17 mai soir


Bonjour,
une semaine complète à la Tour Blanche. .. J'ai pris un rythme de croisière: j'alterne toutes les possibilités de rééducation, et il y en a ... J'enchaîne les exercices avec enthousiasme , je suis très intéressée par les techniques que le personnel utilise pour me redonner mon enveloppe d'avant, et puis toutes ces techniques donnent de très bons résultats . Aujourd'hui , j'ai enfin fini par dompter définitivement les 26 lettres de l'alphabet , elles viennent maintenant toutes à l'appel, en faisant quelques chichis , comme pour le r et le p, où elles s' amusent à se ressembler. J'ai beau leur dire que ça n'a rien a voir, elle se mettent systématiquement l'une à la place de l'autre ... Mais je ne suis pas inquiète , c'est une question de fignolage, et ce qui est acquis l'est définitivement. Ouf! bonne nouvelle . Devant le miliard de connexions que je dois rebrancher , je me dis qu'une vie toute entière n'y suffira pas...Heureusement , il y a les bonnes surprises: des pans entiers du cerveau qui n'ont pas sombré . C'est un peu comme lorsqu'on va chercher des champignons et que l'on trouve tout à coup un bon coin .
      La rééducation progresse. Chaque fois qu'on a passé une étape , la suivante apparaît. Et avec elle de nouvelles difficultés dont je n'avais pas idée, c'est ce travail là qui est le plus épuisant, heureusement qu'on ne connaît pas avant l'ampleur de la tâche.
        Question moral ça va . Je ne me suis jamais dit que c'était injuste ou affreux. C'est comme ça , je ne peux rien y faire . J'ai de grand moments ou tout chavire. Et là il n'y a plus rien à faire que pleurer , cela vient sur de petites choses: un rendez vous oublié , un pull perdu.Et d'un seul coup mon cerveau se liquéfie. Au bout de quelque temps , la plaie se referme , je suis calmée et je peux de nouveau plaisanter avec le personnel soignant ou mes confrères en douleur.Il y a parmi ces gens, beaucoup de courageux qui pourraient donner des leçons. Ils me font souvent rire, et c'est tant mieux .
        C'est dommage , ma mémoire immédiate me joue des tours et j' oublie trop vite tous ces petits moments de gaieté.
    A très bientôt
Amitié  
     Monique

samedi 11 mai 2013

Samedi 11 Mai -soir

Bonjour,
le week end du 8 mai aura été l'occasion pour nous de renouer avec la famille : Alix et Rafaël sont venus nous voir à Argenton et nous avons profité avec bonheur de leurs câlins. C'est la première fois que je reste autant de temps à Argenton et cela m'oblige à gérer des choses très différentes. Quand je suis à la Tour Blanche , je suis dans un cocon. J 'ai le sentiment d'être un athlète qu' on entraine pour les JO, les performances s' alignent et je fais le compte tous les jours de ce que j'arrache avec tant de peine au néant. C'est une course de fond et ,croyez-moi, je cours avec une volonté de fer. Le personnel soignant me distribue généreusement ses encouragements. Je me demande même s' ils ne sont pas en train de préparer l'édition 2013 du livre des records. Cependant j'ai des difficultés pour gérer ma double vie... Retrouver la famille , les amis, c'est une expérience qui me perturbe. C'est comme dans ma tête , je vois double : il y a la vie d'avant et " l'après AVC".
De ma vie d'avant , il me reste des témoignages précis: un ouvrage de broderie , un mail écrit à des relations professionnelles , des rendez-vous chez le dentiste... J' ai encore du mal à comprendre que c'était "avant" . Tant de petites choses avant , alors que c'est le grand chambardement depuis . Le moral en a pris un coup, et j'ai pu libérer ma peine tout un soir ...Après ça allait mieux. J'étais de nouveau "étanche" . Avec interdiction formelle de se projeter dans l' avenir . Rien au delà de 24 h ...
 Et puis , deuxième interdiction , défense de chercher à reconnaître les consonnes et les voyelles sans modèle. Ce nombre incalculable de lettres qui se bousculent et qui changent tout le temps . franchement aujourd'hui je veux bien aller jusqu'à quatre voyelles mais c'est bien tout ... Et puis , qui a inventé les 4 dernieres lettres de l' alphabet ? Non seulement , elles ne servent presque pas , mais encore , elles sont toutes tortillées et très difficiles à prononcer ... Et bien je dois vous dire que ce sont les lettres que j' ai retrouvées le plus facilement . Cela va m'être très utile pour ma future vie ....
 pensez donc: Savoir alligner toutes les lettres de l'alphabet sans en oublier une , quelle merveille pour une titulaire d'un DESS mention bien... Il y a quand même une certaine ironie du sort....
   Notre grand week end de pont s' achève, il faut maintenant changer à nouveau de vie et se réinvestir dans la rééducation . Le passage d'un état à un autre est pénible car je ne peux éviter l'angoisse, il y a toujours un moment de flottement entre les changement de lieux .
 Heureusement , famille et amis , vous êtes tous si présents, merci pour tout ce que vous m'apportez, vous n'imaginez pas comme j'en ai besoin et à quel point cela m'est nécessaire.
       A très bientôt
   Amitié
     Monique


mercredi 8 mai 2013

Mercredi 8 Mai - soir

C'est Monique qui parle :
   " Je suis plongée en ce moment dans un livre qui raconte la longue marche d'un homme vers la Chine... Je dis "plongée" mais il s' agit d'une immersion très lente car je déchiffre paragraphe par paragraphe et je n'en suis qu' au troisième . je ne doute pas qu'avant un peu moins de pas longtemps j'aurai refermé la derniere de ces 350 pages ....
    l' homme en question commence cette aventure à la suite d'un choc dans sa vie et je me sens concernée .
      j'ai pris ma vitesse de croisière à Issoudun, la vie y est bien réglée, je suis très occupée à organiser le travail de ces milliers de petits neurones qui se reconstituent peu à peu . Leurs efforts commencent à donner de bons résultats et je fais des progrès. Mais il y a tant de connexions à rebrancher que quelque fois , je me sens dépassée par l'énormité de la tâche .
       heureusement il y a des moments qui ne manquent pas d'un certain comique , par exemple , lorsque je déclare sans aucune hésitation au personnel médical que j'ai 35 ans ...
           En ergothérapie , on me fait jouer, je dois acheter des glaces et des frites et rendre la monaie... il m'arrive de rendre plusieurs miliers d'Euros mais je fais toujours attention au prix des choses, et je suis souvent outrée de payer aussi cher mes pauvres frites.
           pour l'écriture j'essaye de faire le tri dans toutes ces lettres dotées de jambes et de points il m'arrive de penser que je me contenterais bien de trois voyelles.
           d'efforts en efforts, d'exercices en exercices , je suis très occupée dans cette grande maison que je commence à trouver très protectrice . Les retours au moulin sont toujours un mélange de joie et de craintes car la vie antérieure me guette et me tend parfois des pièges ... ces "séjours thérapeutiques" sont nombreux : j'y apprends peu à peu à faire face aux situations imprévues , ce qui n'a jamais lieu dans le cocon de la Tour Blanche...
      Les heures difficiles sont après les activités, elles sont longues jusqu'au dîner , mais je pense à chacun d'entre vous et cela fait beaucoup de monde dans la chambre . C'est encore un peu tôt pour moi pour vous recontacter ... Il me faut du temps pour accepter, je compte sur votre amitié .
     A très bientôt
      Monique "

mercredi 1 mai 2013

mercredi 1 Mai soir

Troisième séjour au moulin , arrivée mardi soir et repartie ce soir à 19h....
     Troisième permission et déjà des habitudes ... La vie reprend son cours avec de nouveaux horaires , une nouvelle organisation, une nouvelle façon de modeler les actions pour les adapter au changement .
      J'ai repris les cours mardi  , c'était un peu dur physiquement. Après la vie au ralenti à la Tour Blanche,  l' agitation perpétuelle du collège donne le tournis ... C'est cet étourdissement étrange qui était le plus pénible .
     Malgré la fatigue, j'ai éprouvé beaucoup de plaisir à revoir tout mon petit monde...
     
Mardi soir , Monique ,qui n'est plus en ambulance mais en taxi, était encore plus libre dans son attitude : Montée des marches sans aide, progression, encore plus facile et parole encore plus aisée .
    Le temps a passé très vite dans une suite de petites tâches très ordinaires mais qui , pour nous, deviennent extraordinaires. Un premier Mai avec un petit bouquet de muguet anonyme posé devant la porte ( on devine qui c'est... et on la remercie ....).
     Monique va de mieux en mieux ,elle est capable de raconter et d'analyser ses symptômes : le manque de la notion d'espace à sa droite ,  la difficulté de retrouver la fonction des objets, l'angoisse soudaine devant toute situation imprévue , les difficultés de lecture , et le plus spectaculaire : le départ total de l'écriture... Elle en parle avec humour mais c'est là le point faible de la cuirasse...
     C'est curieux comme la conscience n'est pas faite tout d'une pièce , mais en une sorte d'addition de compétences séparées

dimanche 28 avril 2013

Dimanche 28 Avril soir

Sous le même toit ...
    ....pour l'anniversaire de notre premier mois de la nouvelle vie ...
        À cette occasion , pas trop de retours en arrière , on évite .... les mauvaix souvenirs sont si forts qu'on prend l'eau assez facilement quand on se laisse aller à leur donner prise .
          le présent , seulement le présent .... Et heureusement le présent nous a gâté puisque nous avons vécu ce long week end , non pas comme "si rien ne s'était passé" mais en pensant très fort à la chance de se retrouver "malgré ce qui s' était passé"
          Le début , vendredi , a été un peu rock and roll puisque Monique a été "détournée" au dernier moment vers Tours pour passer une artériographie et donc s' est tapé Issoudun-Tours - Argenton avec un examen assez pénible en prime avant d'arriver très tard au moulin
            quant à la fin ce n'était pas mal non plus puisque , ce soir, pour le retour à Issoudun nous avons vu arriver deux ambulances , une commandée par le centre , l'autre par moi ...
    Mais entre les deux , c'était très bien ...
       Monique continue à faire des progrès : Parole , marche et réactivité . Elle est de plus en plus souple dans ces gestes et l' environnement familier l' a obligé a se soumettre à une rééducation approfondie : Les mille et un petits gestes que nous faisons sans y penser dans notre univers habituel ... à l' inverse son émotivité a été mise à rude épreuve puisqu' il n'y a pas un seul coin du moulin qui ne soit pas chargé de souvenirs "d'avant"... Mais il faut faire en sorte que tous ces passages obligés nous aident à rebondir vers des "après" ensolleillés .
     il y a eu ce soleil à l'intérieur ,Samedi, alors qu'à l'extérieur c'était le déluge ... soleil des premiers repas pris ensemble depuis un mois , soleil de la journée partagée , soleil des premières conversations entre amis .
       Aujourd'hui , jour d'aventures : une promenade au grand air , ailleurs que dans le milieu protégé du centre, avec les voitures , le bruit , les gens ... Au retour Monique était fatiguée mais elle m'a dit: " il faut que je m'habitue à la vraie vie "
      C'était vraiment un bon week end et nous pensons déjà au prochain , à la prochaine " permission" ...
       
Je vais reprendre le travail mardi , nous avons beaucoup discuté de cette période où elle allait se retrouver seule à la Tour Blanche ... je crois qu' elle y est prète car beaucoup moins fragile . on verra ...
   
    une étape après l'autre et comme dit Monique : faut que ça se fasse
       
     



       
       


       
     



samedi 27 avril 2013

Samedi 27 Avril matin

 Samedi matin
   c'est Monique qui parle :
" je suis tellement heureuse de vous écrire aujourd'hui , vous tous qui suivez le blog . J'ai l'impression d'avoir une énorme famille qui me suit partout . Bien que je renoue le contact avec chacun d'entre vous .
    vos petits mots me rattachent â des souvenirs qui petit à petit deviennent de plus en plus présents , comme un bouquet de fleurs .
        je suis dans une sensation bizarre , je me sens physiquement bien , mais avec des parties de moi- même qui m'échappent encore . Cela crée des situations drôles dont je ne peux m'empêcher de rire toute seule , par exemple : le coup de la brosse à dent dans l'oeil ... pour une femme raisonnable et sérieuse comme moi , avouez qu' il y a de quoi rire , et c'est tant mieux , parce que je n'ai jamais pensé que la situation était tragique , je n' y crois pas au fond de moi , je suis sûre que je vais retrouver une bonne partie de mes moyens , et comme je suis une bosseuse , je vais y arriver .
      j'ai pris conscience que ça
allait être long mais cela me stimule, vous savez que j'ai toujours aimé bosser comme une malade...
      Merci , merci, merci ! pour vos messages d'amitié , je me rappelle chacun d'entre eux et c'est un bonheur pour moi de retrouver chacun d'entre vous comme si la conversation n'avait jamais cessé entre vous et moi "
     Monique

jeudi 25 avril 2013

jeudi 25 Avril soir

les jours commencent à se ressembler .
     Monique récupère avec une grande régularité ses capacités physiques . Elle marche lentement mais sans hésitation ,monte et descend les marches, elle parle avec un débit qui est limpide , sa mémoire générale est revenue , son imagination , son humour , sa personnalité sont là aussi, bien ancrés...
      Elle a récupéré aussi un goût immodéré pour l'ordre , les classements et la rigueur ...
      J' ai bien demandé si je pouvais choisir un peu, moi, ce qui devait revenir ou non ... Mais il paraît que ce n'est pas possible ....
        si vous croisiez Monique sans la connaître , actuellement , vous verriez une femme marchant un peu lentement mais vous n'auriez aucune idée de ce qui s' est passé il y a un mois .
      Dans le petit peuple de la Tour Blanche , il y a deux populations bien distinctes : " les non marchant et les marchants" . Monique est passé de l'une à l'autre en quelques jours et j'ai bien senti chez ses amies qui restent en fauteuil , la petite ombre d' envie ...
         
   Nous avons décidé ensemble , que je ne tiendrais plus le blog tous les jours : la vie va redevenir quotidienne , nous ne sommes plus dans ni dans l'urgence, ni dans l'angoisse et une autre étape a été franchie . il va s'agir maintenant d' un travail plus secret , à beaucoup plus long terme, un travail d'orfèvre pour reconstituer la dentelle de toutes les connexions ...
 ... je le continuerai au rythme des évènements marquants , sinon lorsqu'il ne se passe rien , je vais vous raconter mes états d'âme et vous en auriez vite par dessus la tête ...
       
     
     
   

mercredi 24 avril 2013

Mercredi 23 Avril soir

c'était un bon jour : plusieurs victoires au tableau :
    promesse d'une sortie pour tout le week-end prochain ...
     marches de plus en plus longues dans les couloirs, entrainement à monter l'escalier (en kiné ), retour à la chambre à pieds ( un étage avec l'infirmière et une seule béquille )
        retour au jeans et à une "silhouette" de " non malade " , grande promenade (en fauteuil quand -même , faut pas trop en demander ... ) dans le parc de la piscine à vagues par un temps superbe . Bonne humeur toute la journée

   il y a encore cette saloperie d'apraxie, comme dit Fanny , qui va être plus longue à rééduquer mais on va tout doucement vers le beau temps .
     
       et la phrase de la journée : " tu sais , Dominique , ce soir je me sens bien "



mardi 23 avril 2013

Mardi 23 Avril soir

une journée qui avait mal commencé et qui s' est finalement déroulée avec une série de petits bonheurs bien particuliers .
       gros cafard à 14 h , quand je suis arrivé: " je crois que je vais rester très longtemps ici " ....
        on est vite parti se changer les idées dans les couloirs bras dessus , bras dessous . une longue marche sans le fauteuil et une conversation dans notre petit salon no 2 .... notre salon no 1 est tout près de la chambre, l'autre est au bout d'un couloir clair , tout en vitres ... j'ai dessiné Monique et ce rappel d'une action tant de fois partagée nous a fait du bien .
        Monique a été ensuite chez la coiffeuse , au milieu de la pose .... j'ai donc corrigé mon portrait ....
        atelier couture ensuite , pour la fin de l'après midi ....
      Et le double tranchant de toutes ces activités , la question noire qui rôde et nous colle à l'esprit : est-ce que tout ça reviendra ?
       pour les bonheurs du jour , il y a eu cette longue marche sans l'affreux fauteuil , la joie de s' asseoir et de se lever à volonté , l' autonomie reconquise geste par geste et de jour en jour plus grande ...
         Deux images pour terminer : Monique faisant des lignes de b et de c sur sa page d'exercice pour réapprendre à écrire ...Et au moment du dîner alors qu'on était un peu coincés par une idée noire dans le défilé des fauteuils vers la salle à manger , le dépassement par la gauche d'un de ses nouveaux copains ( à qui il manque les deux jambes ) " alors Monique , t'es en panne d'essence?"
       c'est souvent , à la Tour Blanche ,qu' on passe de la gorge serrée aux éclats de rire ...


         
                   

lundi 22 avril 2013

Lundi 22 soir

Jour calme après le feu d'artifice d'émotions d'hier . 
      Nous étions fatigués tous les deux .
    Il y avait beaucoup de travail , un emploi du temps très fourni  avec une activité neuro-psy qui inquiétait Monique car il y avait eu  un premier contact mitigé l'autre jour  . 
     Aujourd'hui  ça s'est mieux passé mais j'ai compris que cette activité la mettait  devant  ce qu'elle a appelé "les dégâts" ... Mot que je refuse car il a un sens irrémédiable qui ne correspond pas à la succession de progrès que je constate . 
     Il y a eu le temps de l'émerveillement pour toute la partie communication et  motricité mais à côté  des progrès spectaculaires : parole ,  sensations , sensibilité , marche  Etc.. Des manques se font jour dans  le domaine cognitif ...  Des pans de la connaissance qui ont disparus  ... Ce sont justement les progrès précédents qui font émerger dans la conscience,  la présence de ces  manques . C'est dur à vivre pour elle , mais la rééducation est là pour ça ...
  Heureusement que depuis le début le personnel soignant  nous décrit et nous explique chaque étape . 
    On a vite fait de crier victoire devant les évènements visibles mais il y a une bataille obscure dans l'intimité de son cerveau , que Monique doit gagner  et qui sera longue . 
      Nous nous sommes un peu raccrochés au fait que de le savoir était déjà un progrès  . Et Monique m'a dit : "je vais faire la règle des 24h : on se concentre sur le jour devant soi  , on fait du mieux qu'on peut , on profite des améliorations et on ne regarde pas trop loin ..." 
     

dimanche 21 avril 2013

Dimanche 21 Avril soir

"Un long Dimanche de retrouvailles..."
      Depuis ce terrible mercredi, Monique et moi, suivi de notre petite famille,avons effectué un étrange périple fait de services, de couloirs, de salles d'attentes, de cafétérias ,de chambres variées... Châteauroux , Tours, Issoudun...  Ce matin, nous avions vraiment l'impression de jeter nos sacs de voyages après une folle excursion qui avait failli mal tourner...
     Chez nous !  ... Si ces mots ont eu un sens, c'est vraiment à cet instant , vers 11h lorsque Monique a conduit son fauteuil dans notre séjour...
      Je ne peux pas tout raconter par le menu :  la somme d'émotions et de petites choses , de grand bouleversements et d'infimes détails, mais juste citer quelque joies simples
      Joie de faire le tour des pièces ,de manger ensemble, de faire quelques pas sans le fauteuil, de ranger les affaires dont je n'avais pas trouvé les places ... Joie toute bête de regarder par les fenêtres, de "siester" sur un divan... Joie de quelques coups de fils aux enfants sans bruit d'hôpital, et joie de retrouver ce son bien particulier qui accompagne notre vie depuis si longtemps: le bruit de la rivière .
     Un beau Dimanche, même si l'apraxie gestuelle est encore plus nette dans l'environnement familier puisque les objets sont plus nombreux ...
"Quelle drôle d'impression !, je sais que c'est un couteau, je sais qu'il faut couper ma viande avec , mais je ne sais pas comment  faire ...."  On en a ri , mais il ne faudrait pas que ça dure trop longtemps....
        C'est qu'on deviendrait vite exigeant, maintenant que le grand danger s'éloigne ....
     Ce soir j'ai raccompagné Monique dans l'ambulance , elle était fatiguée mais vraiment contente...
    Je pense que nous nous sommes bien débrouillés et que la prochaine permission sera plus longue .






       

samedi 20 avril 2013

Samedi 20 Avril soir

chaque fois que j' ouvre la porte de la chambre 133 au début d'une nouvelle journée ,j'ai une petite appréhension : Comment est- elle ?
    En ce moment c'est l'état du moral qui pose des problèmes . on aurait le moral à zéro pour beaucoup moins que ça ...
     le week-end , il n' y a pas d'activités et l' ennui est dans tous les couloirs ... insistant , collant , gris malgré les couleurs qui se veulent gaies .
      Monique s' ennuie ferme ... Et le pire c'est que l'on ne peut rien pour elle puisque les outils de ses loisirs ont pour un temps disparu . elle peut lire mais elle me dit que cela ne s' imprime pas , elle ne peut plus s' occuper les mains ...ça fait beaucoup pour une " lectrice- brodeuse" de compétition.
       quand elle s' ennuie , elle pense , et avec la pensée viennent les idées noires...
     c'est un peu " les nerfs à fleur de peau" que nous l'avons trouvée , en arrivant avec Fanny, en début d'après midi .
      pourtant avec la distraction et le mouvement , on la retrouve vite .
      au programme du jour , une progression sans aide de quelques mètres , un bras droit dont on oublie presque qu' il est touché , une longue promenade avec Fanny pour repérer la géographie des lieux , un long coup de fil à grand maman , l' inventaire précis de toutes les affaires de la chambre pour être de plus en plus autonome . En conclusion : la réflexion d'une aide soignante: " Ma chérie , des progrès comme ça ! ça me fait plaisir ! "
     demain c' est la grande aventure : voyage en ambulance au Moulin ; après- midi , chez nous ... première perm ...
       Pas de visite , Monique doit se réapproprier un lieux qui va faire douloureusement le lien avec la vie d' avant . Il est nécessaire que nous soyons seuls .
         nous avons tous les deux un peu peur , mais comme dit Monique " ça va aller ...."



vendredi 19 avril 2013

Vendredi 19 soir

Ce soir, le blog est écrit à quatre mains car Fanny a passé la journée avec nous.
Nous avons trouvé Monique, à 14 heures, en très bonne forme physique malgré une inquiétude habituelle à propos de son emploi du temps: "j'ai peur d'oublier l'heure d'une leçon"...
A présent les journées commencent à se passer avec une certaine routine, car les progrès sont tellement réguliers qu'ils ne me surprennent plus, à la différence de Fanny qui voyait Monique pour la première fois depuis Tours.
Journée presque "mondaine" puisque nous avons papoter à bâtons rompus tous les trois, sous le regard envieux de certains autres résidents un peu esseulés.
D'ailleurs au moment où Fanny à commencé à jouer les manucures auprès de sa mère, une petite file d'attente s'est formée peu à peu pour solliciter ses services.
Nous avons partagé notre premier "vrai" moment de famille en dégustant tous les trois une glace, ça n'a l'air de rien mais cette complicité nous a parue comme une petite parenthèse réconfortante.
Nous avons été bluffé par le trajet que Monique a réalisé seule de son fauteuil à son lit, cela représente trois pas hésitants mais volontaires.
Fanny avait acheté quelques vêtements pour Monique, et j'ai eu la joie et l'étonnement de constater que Monique se servait de son bras droit avec beaucoup d'aisance pendant les essayages, le geste reste de temps en temps indécis mais abouti.
Nous avons laissé une Monique souriante, décontractée et, nous disant même avec malice "quand même! un AVC c'est pas très pratique".

Fanny et Dominique




jeudi 18 avril 2013

jeudi 18 Avril soir

Les bonnes impressions étaient au rendez vous aujourd 'hui...
   pourtant c'est un peu paniquée que j'ai retrouvé Monique ce matin . Le premier rendez-vous avec la neuro-psychologue ne s'était pas très bien déroulé ... incompréhension ? malentendu ? je ne sais pas ...
       on est vite passé à autre chose : la nouvelle importante :
      elle a marché !
      quelques pas entre des barres horizontales , mais quand même : quel soulagement !
        la deuxième étape qui lui a rendu un sourire éclatant : elle a lu ! , un article d'un magazine de la salle d'attente ( d'ailleurs... je pense aller le piquer demain comme souvenir...)
 Monique lisant c'est de nouveau Monique...
      ça lui a redonné une confiance en elle que le visage craintif de ces derniers jours ne montrait pas .
      il y a encore ce mot que je ne connaissais pas hier : "apraxie" qui est certainement pratique pour le scrable mais qui empêche ceux qui l 'ont, de synchroniser leurs gestes , et surtout de savoir utiliser des objets ... et dans quel ordre les utiliser .
       faites le compte du nombres d'opérations qu'il faut effectuer pour le simple fait de se brosser les dents : prendre la brosse , le tube , ouvrir , presser , tourner le robinet , poser , prendre le verre etc...
          quand on a une apraxie gestuelle tous ces gestes automatiques n'existent plus , ils deviennent des énigmes... Il faut réapprendre ...
        voilà , c'est ce vilain mot , le prochain dragon à terrasser ...



mercredi 17 avril 2013

Mercredi 17 soir

contrastes aujourd'hui entre très bons moments et moments en demi teinte ...
     Pour les bons moments : une meilleure forme physique , de l' énergie , une bonne voix ...  
        pour la demie teinte : une série d'angoisses , souvent à propos de petits riens ... des " riens" qui semblent dérisoires mais qui prennent une importance disproportionnée
     grande conversation avec l'ergothérapeute - grande promenade
         nous nous préparons à la permission d'une journée ... premier pas vers l'extérieur ....
"Petites réflexions du matin en attendant l'heure des visites " "Les récits de Monique ". Je n'avais jamais pris en compte toute la réalité contenue dans ces trois lettres "AVC" ...Je repense au film " Le Scaphandre et le Papillon" ... Rien à voir entre les deux cas , mais en le revoyant hier soir sur youtube , à la lumière de ce que nous avons vécu ces dernières semaines , j' y trouve des ressemblances avec les différents récits de Monique . Dès les premiers jours à Tours ,elle a éprouvé le besoin de "raconter " ce qu'elle avait ressenti , au début par bribes mais en me mettant sur la voie avec quelques mots d'indice ... Je terminais les phrases et elle me disait : "oui ! C'est ça !" , ou "non ! Autre chose !" Ou: " voilà!!!" avec un grand soupir de soulagement quand je trouvais la bonne idée... Une sorte de jeu de pistes , mais qui la fatiguait beaucoup ... c'était d'autant plus précieux que par la force des choses , nos échanges étaient rares . Pour Chateauroux , pendant les premières 72 heures " critiques" , revenaient les mots :"enfermée " , "cage de verre" , "c'est violent" , " seule dans ma tête" , " je ne comprenais pas " ... Il y avait dans nos petites conversations ,un côté "puzzle" dont les pièces s' assemblaient peu à peu et qui nous aidaient à percer patiemment le terrible rideau qui s' était refermé entre nous le mercredi 27 Mars . J'entends les mots de l'orthophoniste : " tout est là : idées , mots , mémoire , ce sont les chemins qui se sont perdus ..." Tours et Chateauroux sont de mauvais souvenirs , j'ai cru comprendre qu'ils ressemblaient aux premières minutes du film ...Monique rejette complètement ce qui s'y est passé , jusqu'à refuser de porter les affaires qu'elle avait là bas ... Elle a repris pieds ici à Issoudun ... C'est ici que sont revenues les phrases entières , les liens entre les mots , les concepts compliqués et les récits d'une seule traite ... Maintenant la sortie du "scaphandre" est bien réelle , pas encore complète pour voleter comme un papillon dans l'agilité des nuances, mais suffisamment pour que le rideau noir qui nous a séparé se fasse oublier . Notre avenir, à présent ,est d' assister à ces progrès qui sont de petits pas , mais qui nous rapprochent de notre nouvelle vie , à toutes ces petites cases où reviennent en ordre les sensations perdues. Les récits de Monique , ces jours-ci sont autour du thème : " je ressens de nouveau ..." Une immense bibliothèque avec des classements : réflexes , mémoire , mots , conscience, imagination... Un bel édifice qui a été fichu par terre en quelques secondes par la fantaisie d'un petit vaisseau qui a fait des siennes ...Maintenant des millions de petits ouvriers anonymes sont à l'oeuvre qui remettent les choses en place ...Et les récits de Monique rendent compte de mieux en mieux du nombre des rayons qui se garnissent à nouveau ... Mais pour chaque dossier remis à sa place , il y a tant d'angoisses sur l'incertitude d'arriver au bout du compte et tant d'efforts pour parvenir à cet idéal tout simple : "être comme avant", que le poids des choses est mesuré avec un prix tout à fait différent. La sortie du scaphandre va avec une certaine métamorphose ...Pour toujours il y aura " nous avant " et "nous après" Le film est très bien... assez ennuyeux quand on n'a pas été dans la situation, mais je déconseille de se mettre dans la situation, rien que pour l'apprécier .... Pour l'heure l'actualité est à la préparation de la première permission "à la maison"......... PS : Pardon pour ce texte sans espace ... Toute la mise en page est partie , entre le bloc notes et le post ....impossible de la rétablir ....