jeudi 27 juin 2013

27-06-13 : Quelques images pour "l'anniversaire"...

Depuis le 27 Mars , toute envie de peindre m'a quitté...
   Je sais que cette envie va revenir, je sais même que c'est pour bientôt car il y a des signes ... Mais depuis trois mois , mon moteur de peintre est en panne. Complètement à sec...
   J'ai bien fait un essai , quelques jours après l'accident . J'étais ce jour là en colère contre le sort et j'avais cassé une pomme à la main , pour me défouler ou quelque chose comme ça ... J'ai peint cette pomme à côté d'un panier vide, car c'étaient bien ces deux choses qui m'occupaient entièrement l'esprit : Le sentiment de vide et celui de rupture .





J'ai eu une impression très pénible en peignant, j'ai  failli abandonner , je ressentais de la culpabilité  en me livrant à une activité futile, en me distrayant  ...
Un mois après , quand l'espoir est revenu et que Monique faisait des progrès  réguliers, j'ai voulu faire une autre toile symbolique pour effacer les impressions de la première . J'ai installé une pomme entière et le bols du petit déjeuners en pile . La pomme était reconstituée, la personnalité de Monique était revenue, entière,  et notre quotidien reprenait sa tranquillité, comme s'empilaient ces bols et comme s'ajoutaient aussi, ses savoirs récupérés .


J'ai aussi dessiné quelques pages de carnet dans la chambre de Monique, l'arbre voisin , une vue de la cour 
etc...
  • Mais ce qui m'a tenaillé l'esprit pendant ces trois mois , c'est la volonté de reprendre les carnets que j'avais commencé pour les petits enfants à naître , et il y en a deux. J'ai fait ces deux petites séries d'illustrations en un mois , en laissant, en reprenant ... Il n'y a pas de quoi pavoiser, en temps normal , c'était fait en un soir...
  • Voici la première histoire :








Et  voici la deuxième que je viens de terminer et de mettre à l'encre ce soir , la deuxième histoire de la "dame de la Tour Blanche"










Et voilà , c'est en mettant en couleur ce dernier dessin que j'ai vu passer l'heure anniversaire  de cette soirée étrange ou, il y a trois mois , jour pour jour, tout a basculé . Les semaines qui ont suivi sont pour moi plongées dans l'obscurité . Je déteste parfois les souvenirs qui émergent par surprise de ce noir profond. Ce n'est peut-être pas un bien de les y laisser mais pour le moment je m'efforce de les recouvrir de grandes pelletées d'oubli .... Je préfère regarder des photos comme celle-ci, prise dimanche dernier et que je veux partager :




dimanche 23 juin 2013

Dimanche 23 Juin

Texte dicté par Monique dimanche matin:
Deux expériences qui comptent ...
Cette semaine , j'ai emmené un projet jusqu'au bout , quand je dis "je", c'est grâce à mes thérapeutes chéris qui me conduisent de main de maître à travers le dédale des savoirs et des savoirs faire . Merci à eux tous , ils me rendent la vie . Bon, mais ils sont terriblement exigeants
 Au menu , cette semaine, confection d'un repas pour trois personnes , service et rangement ...On commence à 9h30 le matin par la liste des courses et on termine à 14h par la vaisselle et le rangement.  C'est trop trop dur de tout gérer , mais j'arrive à ne pas écouter la petite voix qui dit : " ça va se faire en 5 mn" , car c'est du temps qu'il me faut maintenant pour faire se  connecter ensemble mes cellules . Le problème c'est que , je continue à  avoir l'impression de savoir et de gérer les difficultés mais dans la réalité  je suis dans un labyrinthe avec une multitude de fausses portes. Je prends les chemins au hasard . Quelque fois ça donne tout de suite le résultat attendu , mais souvent , je tourne en rond sans comprendre .
Courses au supermarché . Je me fais insulter par un gamin mal élevé qui trouve que je ne vais pas assez vite ,je cherche dans les rayons des choses qui sont sous mes yeux . Je suis très concentrée mais le monde me fait peur , il va trop vite pour moi et je n'arrive pas à trouver la bonne distance physique , car je ne  localise rien sur mon côté droit. Heureusement , on me fait faire beaucoup d'exercices pour utiliser les yeux et cela me fait du bien.
Les courses finies , nous rentrons préparer le repas . J'ai l'impression d'être aux commandes d'un sous marin nucléaire , c'est tout juste si je ne cherche pas le mode d'emploi . Première partie réussie : la tarte aux pommes sort du four , il est 11h. Ça va , je me rassure . Je ne me rends pas compte que je suis fatiguée et les choses ne s'enchaînent plus , je fais revenir les oignons dans une poêle minuscule et je ne comprends pas pourquoi ça ne marche pas ,  mais c'est bien sûr , il faut utiliser plusieurs instruments , ma thérapeute me l'explique .  Merci , la pression monte , on se croirait dans "Master chief". Il faut gérer les liquides bouillants , les préparations de légumes , le chrono qui tourne et la volonté de réussir enfin un repas complet .
Au bout de plusieurs heures , la table est dressée et nous déjeunons tranquillement comme si de rien n'était. Quel soulagement de renouer avec ces gestes de la vie de tous les jours.
La seconde expérience concerne le chagrin .
Les trois dernières semaine , j'ai été malmenée par plusieurs épisodes:
C'est quelque chose qui vous embarque sans prévenir et qui a les mêmes effets qu'une hémorragie . Il faut appliquer les sages conseils de mes thérapeutes , se laisser embarquer par le flux, c'est ça qui lave et qui débarrasse . Après , ça va mieux , la plaie est refermée et l'on peut de nouveau agir . Cela ne sert à rien de résister ou de se dire toutes les fausses  bonnes paroles du style : " tu t'en sors bien: ma voisine , elle est restée aphasique , la  grand mère n'a plus jamais reparlé et le beau frère d'Untel ne marche toujours pas ... Quand je suis comme ça dans le chagrin , je ne veux surtout pas qu'on me parle des autres mais qu'on respecte ma douleur et qu'on me laisse aller au bout , Même si  ça  fait de la peine  .
Petite conversation avec mon fils sur la gestion du changement dans les organisations professionnelles , chaque chose se fait en son temps , cela ne sert à rien de vouloir respecter les objectifs si on ne laisse pas un temps de maturation entre les étapes . Donc , je mature , je mature , je mature .
Je sais bien qu'il est très pénible pour l'entourage de me voir pleurer d'un seul coup. Chacun le ressent comme un reproche pour lui même . comme s'il n'avait pas été capable d'éviter cet instant ou capable de le calmer facilement . C'est pourtant une réaction qui doit se faire et qui porte en elle sa propre guérison.
Respecter ma douleur c'est aussi la laisser s'exprimer sans que vous me disiez :" ça va aller" . C'est dur pour vous , c'est contraire à la nature , mais c'est essentiel pour que je puisse surmonter les choses . Dites moi juste : " On pense à toi ".
Et puis après , vous verrez ça ira mieux  très vite parce que je passe d'une émotion à l'autre et je retrouve  le plaisir de rire et de plaisanter .
  Merci de faire cet apprentissage avec moi , on va s'en sortir .
   Monique

lundi 17 juin 2013

Lundi 17 Juin -soir

Il y avait trois gestes "rituels" que je m'étais juré de faire lorsqu' au début, quand tout allait mal, je rêvais d'un temps ou tout irait de nouveau bien .
le premier de ces gestes était de refaire la dernière promenade aux Chézeaux près de St Gaultier, promenade que nous avions faite un peu avant l'AVC, un jour de beau temps...  Cette promenade était pour moi le dernier souvenir d'une vie qui ne devait jamais devoir basculer dans "autre chose" .
J'ai repensé  souvent depuis à cette balade, c'était la première de notre "saison de marches" qui se termine en été par nos grandes randonnées dans le Vercors, à Chichilianne .
  On était bien , à mille lieux de deviner ce qui allait nous arriver.
Lorsque Monique  a commencé à pouvoir quitter le fauteuil roulant, je m'étais promis : " Quand tout ira mieux, nous referons la promenade des Chézeaux"
 Nous l'avons faite samedi et je ne vous raconterai pas l'émotion que chaque pas m'a  donné en cadeau.
 Les deux autres gestes restent à accomplir : visiter ensemble le Jardin Botanique, devant l'hôpital de Tours, que je n'ai jamais visité mais devant lequel je suis passé en bus si souvent, quand j'allais rejoindre Monique...
 Et retourner dans le petit restaurant ou j'allais le soir, et ou le patron , sans la connaitre, cuisinait une merveilleuse purée de pommes de terres à la crème et muscade, pour que j'aille la porter à Monique et améliorer les menus du CHU... Il n'a jamais su qu'elle était trop mal, et qu'elle ne l'a pas mangée mais le geste était beau .
Ces deux derniers gestes me semblent faciles à présent ,et seront accomplis avant l'été .
Et puis ,nous rêvons tous les deux à un autre voeu, qui serait de retourner à Chichilianne...  de  revoir le Mont Aiguille et une petite statue de la Vierge qui nous est particulièrement chère et qui nous attend ...
Le reste du week end au moulin a été serein, bien que le "cerceuil de verre" soit venu rôder encore un peu, comme pour nous avertir : " tout n'est pas récupéré ... Il reste du chemin ".  Monique appelle le "cerceuil de verre" le souvenir de ses premières impressions , quand  à Chateauroux, elle ne pouvait pas communiquer et qu'elle se sentait en prison dans son corps . Elle a de ces terribles moments des retours d'angoisse quand elle y repense . Qu'un évènement , même banal lui donne l'impression de ne pas pouvoir communiquer sa pensée, qu'une impossibilité ou une maladresse liée à l'hémiplégie advienne,  les larmes  arrivent très vite , et les mots : " c'est le cercueil de verre qui revient ". Il sera long à oublier , celui-là...
  Mais il y a eu aussi de très belles heures au jardin, cette promenade tant attendue , des conversations ou nous allons en quête de tous les mots possibles pour nous comprendre parfaitement, et encore mieux affronter les batailles qui nous restent.
Je suis au bord du ring, du côté des cordes ou l'on ne risque rien, Monique se repose sur le tabouret, elle vient de terminer victorieuse le round du retour à la marche, je l'apaise et la détend, lui parle doucement ... La cloche retentit pour le round du retour à l'écriture... Allez Monique , boxe!

Dominique

samedi 15 juin 2013

Bonjour,
 c'est Monique qui dicte et c'est Dominique qui écrit :
Je suis contente de vous retrouver, la semaine a été riche en émotion et en tentation de découragement, heureusement, les choses se sont tassées grâce à un cheminement  qui m'a permis d'aller dans le "dur" , c'est à dire la récupération de la mémoire immédiate, les lettres , les chiffres etc...etc...

Comme je vous l'ai dit , c'était une semaine positive et je vais donc insister sur les acquis. Une sorte de rapport d'étape comme pour le tour de France . Malgré les jours qui passent , je me sens très insérée dans l'actualité .
Premier constat : J'ai récupéré la totalité de mon enveloppe corporelle d'avant( moins  5kg ... ce qui me va très bien ...) , tous les matins , je fais une demi heure de marche rapide sur le tapis ( vitesse 5kmh ...) trois fois par semaine , je fais de la rééducation physique : cross dans les jardins derrière Issoudun . Ce sont des espaces décorés et entretenus par des retraités passionnés qui en ont fait un paradis , ça s'appelle Frapesle. Je me régale avec les fleurs qui explosent en ce moment, il y a aussi une superbe maison ou Balzac aurait vécu .
 Chaque matin j'ai une heure de Kiné , je lance des anneaux en plastique sur des cibles avec des objectifs de plus en plus ambitieux . à droite à gauche , de près de loin . Hélas l'hémiplégie m'a abîmée le côté droit et je rate souvent les cibles . Bon , mais ce n'est pas encore trop ça qui m'énerve... Ce qui m'énerve , c'est de me coincer méchamment le bras dans une porte, comptez le nombre de fois ou vous ouvrez une porte dans une journée et mettez vous à ma place ... Tout ce qui est récupération physique est pratiquement acquis , je descends les escaliers et je les remonte . J'ai repris la broderie . Je range la cuisine mais avec quelques difficultés pour localiser les objets, en revanche maintenant , je sais à quoi ils servent et je sais les différencier . Parce que franchement , entre une petite cuillère et une grande cuillère , il n'y a pa beaucoup de différence. Jeudi , nous avons avec deux autres patients , fait quelques pas de danse et tout est revenu comme par magie  . J'ai beaucoup moins d'hésitation dans les gestes et le rythme de la marche est normal. Je dois certainement mieux y voir du côté droit car je ne rencontre plus ces obstacles fantômes qui se précipitaient à toute vitesse sur moi , cela me donne aussi un air plus assuré, j'ai retrouvé aussi le plaisir de faire des plaisanteries et je ne m'en prive pas avec mes compagnons et les soignants .
Une grande première aujourd'hui : Dominique m'a "lâchée" dans un super marché  avec une liste de quelques courses , nous avons fait notre maximum en une heure et demi pour trois objets simples . Il faut que je m'entraîne car la semaine prochaine je passe le "permis :courses -préparation cuisine-service  en une seule épreuve" . J'ai beaucoup révisé ce week end, j'espère que ça va aller. Ce qui m'est difficile c'est de refaire les gestes de la vie d'avant alors qu'une sale petite voix me dit : " Mais allons! tout ça tu savais le faire" et cette sale petite voix me fait pleurer plus souvent qu'à mon tour.
Si l'alphabet me pose encore des problèmes, mon écriture est maintenant plus assurée, j'ai même retrouvé ma signature. Pour confirmer tous ces progrès , j'ai acheté un cahier de devoirs de vacances : Je commence au niveau 1 en CP et je compte bien arriver en Sixième pour la rentrée de septembre . Pourtant je n'apprends pas comme un enfant , parce que je sais que je sais , mais je n'ai plus les mécanismes qui me permettent d'aller fouiller dans le stock des savoirs. Par exemple je ne sais plus écrire un mot mais je sais l'épeler sans faute . Il m'arrive même de renseigner mon entourage sur les histoires de deux "p" de deux "m" et les accords du participe passé ...
L'hospitalisation se terminera fin juillet , une nouvelle vie va commencer, vous me connaissez , je me fais du souci, mais de toute façon j'y arriverai . Il y aura peut-être des séquelles mais encore une fois : tout est surmontable .
   Amitiés
Monique

lundi 10 juin 2013

lundi 10 juin soir

Je hais le mot "séquelles"...
   Ce petit mot dont on ne se méfie pas à priori, qui sonne guilleret comme le nom d'une chose légère, un champignon par exemple: " j'ai trouvé un coin dans le bois qui est couvert de séquelles" , ou : "j'ai ramené un panier entier de séquelles, en omelette , elles étaient délicieuses"
   Et pourtant ce petit mot ,qui n'a l'air de rien, est redoutable .
 Il définit la trace indélébile d'un accident, la marque dans la chair laissée par une maladie, il résume en deux syllabes , une chose que l'on pouvait faire et que l'on ne fera jamais plus, une vie qui ne sera jamais plus la même, le point de rupture entre un passé et un futur .... je hais ce mot aux allures délicates mais qui est coupant comme un rasoir...il prend toute sa dimension lorsqu'on l'entend prononcer pour la première fois à propos de celle qui est à vos côtés .
   Il s' adoucit parfois en s' accolant avec le point d' interrogation . Là , il reprend le costume du provisoire et son évocation devient supportable . Mais quand même. .. Quel vilain petit vocable !
    Ce que j'ai appris en observant les habitants de la Tour Blanche et en les écoutant , eux pour qui les "séquelles " sont si visuellement définitives et qui en subissent les effets jusqu'au bout de leurs insomnies, c'est que si les "séquelles" sont , comme dit Monique " des petites morts" , des portes qui se ferment sur un chemin qu'on croyait tracé, il faut croire dur comme fer, que pour chaque porte fermée , il y en a d'autres qui s' ouvrent, inattendues vers des chemins nouveaux.
    Dominique

dimanche 9 juin 2013

Dimanche 9 Juin

Bonjour ,
quelques nouvelles de Monique écrites en ce dimanche matin pluvieux... Je reprends la main sur le texte pour donner le regard de "l'accompagnant",de "l'entraineur", Monique fera la fin, en me dictant, comme chaque week end à présent ...
Si l'AVC était un jeu de construction, depuis le grand chambardement du 27 Mars qui a mis toutes les pièces à l'envers, les épisodes de la partie sont inattendus et imprévisibles . On nous avait bien dit que chaque individu menait sa propre partie, à sa façon, et qu'aucune ne pouvait être prise comme modèle.  c'est vrai : Chaque "AVC-iste" de la Tour Blanche récupère à son rythme. Monique a lié des amitiés avec certains d'entre eux et les récits de vies de chacun sont très impressionnants .
Pour Monique,les progrès physiques ont été les premiers et les plus rapides. Les pièces du jeu se sont reformées : c'est un jeu de construction mais ce n'est pas une pyramide régulière .Les parties se remettent en place en ordre dispersé .
Les pièces les plus longues à revenir sont celles de l'écriture , du calcul et de la mesure du temps.
L'architecture générale est pourtant là , précise et étendue : souvenirs du passé, langage aisé , pensée cohérente , humour et même reprise de ses anciens chevaux de bataille du genre :" est-ce que tu as pensé à ..."
"l'aventure intérieure" de Monique et de son esprit, est entrée cette semaine dans une phase de réflexion sur le futur, le retour à la vie s'accompagne du retour des préoccupation de la vie .Conduire une voiture ,travailler , être autonome , nager , faire du vélo, marcher dans la montagne etc...
C'est à ces moments que le moral peut faire des montagnes russes, mais les crises de désespoir sont moins fortes et moins nombreuses. Je ne l'ai plus vu pleurer depuis plusieurs semaines, je pense qu'il lui arrive encore de le faire , mais elle le fait en douce. Elle a "repris le contrôle" et a le courage de faire toujours bonne figure . Elle s'applique à elle même le conseil qu'elle donnait à l'un de ses amis de la Tour Blanche qui se laissait aller dans son fauteuil :" redressez-vous, vous êtes quand même mieux comme ça" . Monique se redresse moralement tous les jours et ce n'est pas quelque chose de facile .
Pour être dans les faits précis: Nous avons passé hier samedi une journée tout à fait "comme avant". Sortie en ville avec la rue piétonne un jour de marché , vie quotidienne et rigolades.
Je retrouve de plus en plus ma femme et le moulin, ses habitudes.
     Dominique


Bonjour ,
  Une semaine pas facile . J'ai perdu "l'équilibre" plusieurs fois et il a fallu que je me batte vraiment contre la mélancolie . En grec , la mélancolie , ça veut dire la " bile " noire et c'est exactement ce qui me submerge .je suis sûre que ça vous arrive aussi. cependant je suis moins submergée qu'il y a un mois, je me récite en boucle tout ce que je fais de nouveau . Certes , j'ai besoin de Dominique pour me rappeler toutes ces choses car avec l'AVC la mémoire immédiate s'est effacée.
C'est une une sensation curieuse de ne plus se rappeler ce qui vient de se passer, alors que je me rappelle parfaitement de tout ce qui a précédé l'AVC . Je l'ai constaté à plusieurs reprises : mon No de compte en banque , mon no de SS, certains tel professionnels, les dossiers chauds sur lesquels j'avais travaillés, les échéances importantes sont revenus tout de suite, en revanche , j'ai du mal à me rappeler de ce que l'on me dit le matin . Par exemple : j'ai vu longuement le médecin mardi dernier , mais heureusement que Dominique était là car je ne me souviens plus très bien de ce qui a été évoqué .
Bon, je développe la "positive attitude" et je vais m'efforcer de profiter du système à fond :" ah bon? j'ai dit ça ? Nonnn C'est pas possible ...Une sorte d'utilisation à finalité thérapeutique de la mauvaise foi.A utiliser modérément ... Mais je pense que je vais enfin pouvoir faire passer certaine choses:  je ne fais plus la déclaration d'impôt ( j'sais plus compter...),je vais multiplier les travaux dans le moulin( au delà de cent je ne comprends plus les additions ), je ne paye plus rien car je ne sais plus faire de chèque , mais je me rappelle de mon code de carte bleue , je m'en suis servi une fois pour acheter des vêtements il y a une semaine .J'ai bien compris que je ne pouvais utiliser ce chantage qu'avec parcimonie car il ne faudrait pas que vous me considériez comme une femme sans raison.
Malgré cette semaine difficile, je progresse et je comprends de nouvelles choses : Pour reconstruire les circuits détruits, il faut que je décrive mentalement chaque action avant de la lancer . ça m'épuise , j'ai constaté que c'était totalement inutile de lancer ma main droite devant moi , en espérant qu'elle allait rencontrer miraculeusement l'objet que je cherche . Il faut bien au contraire ,pour chaque geste, réfléchir à toute la série d'actions nécessaires avant de parvenir au résultat.
On me fait lancer des balles dans des directions qui changent en permanence et il faut que je réfléchisse avant, à l'endroit ou elle vont tomber pour que je puisse espérer les rattraper au mieux ,une fois sur trois .J'ai l'impression d'être très lente car je trimbale avec moi un paquet de processus. Pour vous , ça vient tout seul et vous ne savez même pas que vous faites tout ça . Pour moi , ça me demande une  terrible concentration qui n'aboutit pas toujours.
Certaines lettres m'échappent encore alors que je les ai copiées sur des dizaines de pages dans mon cahier écolière. Pour me rafraîchir l'esprit , on me fait faire des coloriages , mais attention : sans "crabouillage" , je ne dois pas dépasser les traits. Ce qui m'est difficile car avec l'hémiplégie , je ne contrôle pas bien mes gestes .
Globalement la semaine a apporté son lot de progrès et mon moral, aujourd'hui est meilleur.
      Je pense bien à vous
   Amitié Monique

dimanche 2 juin 2013

Dimanche 2 matin

Bonjour,

Petite étude comparative sur la qualité et l'hémiplégie.

Depuis plusieurs semaines maintenant je m'attache à détailler les actions et les processus pour pouvoir retrouver mes 2 moi : celui qui pense à toute vitesse et celui qui ne comprend rien.
Je suis sans cesse "partagée" entre le moi intérieur qui me raconte la vie d'avant, et le moi extérieur qui m'envoie des signaux  : " stop! au delà de cette limite , tu ne sais plus rien...".
Heureusement ma famille, mes amis et mes soignants sont tous sur le pont pour me persuader du contraire.
Et ça finit par rentrer ...
 
De la "démarche qualité" , j'ai bien retenu qu'il fallait "décrire , décrire , décrire...  Ce n'est pas une question de détail mais une question de sens.
A la Tour Blanche, on m'a bien expliqué , que je pouvais mémoriser de nouveaux processus qui seraient faux. Parce que mon esprit ne peut pas encore faire la différence. Catastrophe !
C'est déjà terrible de tout réapprendre, alors si je risque de réapprendre des choses fausses ou inutiles, je ne joue plus.
C'est pourquoi, je sollicite à chaque instant mon entourage pour qu'il m'apporte les corrections nécessaires.
Quand l'entourage est médical, cela se passe sans heurt. Mais quand l'entourage est familial ou amical, il y a parfois des incompréhensions. Du style : "mais tu sais déjà manger toute seule, qu'est-ce que tu nous embêtes à vouloir réécrire de mémoire le passage de l'Ecclésiaste: " Il y a un temps pour pleurer et un temps pour rire, un temps pour déchirer et un temps pour coudre ".
Moi, j'ai beaucoup déchiré et maintenant, je couds et recouds avec acharnement mes deux vies.
Ce que m' a appris la qualité , c'est d'abord la patience : On fait, on défait, on décrit interminablement, on passe sans cesse des audits qui vous renvoient des chaos , alors que vos intentions étaient les meilleures du monde.
Oui mais voilà ce n'est pas l'intention qui compte dans la qualité et l'hémiplégie, c'est l'objectif qu'on s'est fixé. Et bien sûr la vérification de la conformité de la réalisation à cet objectif. En clair, je pourrais me donner comme objectif d'inventer un nouvel alphabet, à condition que cet alphabet soit universellement adopté, à commencer par moi. La difficulté c'est que j'oublie d'une minute à l'autre ce que j'ai créé. Donc mon système qualité , n'est ni fiable ni stable.
Je reviens donc aux fondamentaux , A B C , 1 2 3 4 5 ... Et là , j'ai une horrible tentation : me perdre dans un système qualité très complexe , très savant mais inutilisable. Je dois faire le tri entre les connaissances non indispensables immédiatement et celles qui vont me permettrent de créer une nouvelle vie .
Ainsi , la démarche "qualité" s'auto-alimente toute seule indéfiniment. Ce n'est pas parce qu'on a appris la norme "machin" ou à manger toute seule , qu'on est au bout. Il y a toujours des déclinaisons de la norme et du savoir humain.
Petite précision pour ceux et celles qui n'aiment pas la démarche qualité : je suis désolée de vous écrire tout ça , cela se fait malgré moi , les qualiticiens d'Alisé m'ont profondément marquée , c'est entièrement de leur faute, ils n'ont pas cessé de me baratiner depuis dix ans. Et en plus , il aimaient ça . Il y avait quand-même un petit bémol, c'est que les entreprises râlaient beaucoup et me faisaient des remarques amères sur le coût exorbitant de toutes ces plaisanteries ...
Pauvre de moi, je disais à tout le monde , à quel point cette démarche allait leur faire gagner des places dans la compétition internationale.
Je vous laisse sur ces réflexions qui ne manqueront pas, je l'espère, d'apporter de l'eau à votre moulin . Vous me connaissez , au fond je suis une femme très consensuelle : si vous n'aimez la qualité, critiquez la, mais n'en dégoûtez pas les autres .
 Amitié
 Monique

samedi 1 juin 2013

Samedi 1 juin soir -dicté à Dominique


Bonjour,
    Une bonne semaine de récupération: j'ai l'impression que mon cerveau cicatrise , je me sens plus calme , et plus équilibrée . Mine de rien , les grands désespoirs de fin d'après midi, ça attaque ... Mais depuis une semaine je me sens plus forte , les journées se passent comme des journées de travail: un emploi du temps chargé, des déjeuners de travail , des rencontres comme si les amis étaient dans le bureau d'à côté , des potins .
    Jeudi , nous avons fait une grande fête qui nous a tous mis en compétition . le matin , nous avons concourru par équipes, en changeant de discipline tous les quarts d'heure . C'est le tir à l' arc qui m'a le plus emballée , principalement je pense , parce que j'ai retrouvé des sensations du côté droit . il m'a semblé que mon corps se réunifiait au moment du tir .L'après midi nous avons admiré des démonstrations de ceux qui sont en fauteuil , chapeau pour leur habileté!
 Une mention spéciale à toute l'équipe de soignants qui ont organisé cette journée en plus de leur travail habituel, cela traduit le climat si particulier qu' il y a à la Tour Blanche : les soignants ne font pas que soigner , ils vont bien au delà et apportent leur enthousiasme en plus de leur professionnalisme.
    Merci encore à eux tous .
   Aujourd'hui , j'ai pu faire une grande marche rapide pendant une heure trente , sans craindre les obstacles. Il faut vous dire que comme j'ai perdu le contact avec la moitié de mon corps, tout me surprend.
Je m'exerce à regarder de côté sans tourner la tête pour agrandir mon champ de vision . Vous ne vous rendez pas compte à quel point vous voyez large...Moi je suis obligée de lancer des regards de côté dès qu'il y a le moindre bruit pour comprendre ce qui va m'arriver. Malgré tout , les progrès sont là et je me coince moins souvent les bras dans les portes et j'ai moins besoin de calculer les distances qui me séparent des objets de la vie courante.
   Je vous donne rendez vous à demain car je voudrais vous faire un petit topo à ma façon sur la "démarche qualité" chez les hémiplégiques .
   Amitié
Monique