Je hais le mot "séquelles"...
Ce petit mot dont on ne se méfie pas à priori, qui sonne guilleret comme le nom d'une chose légère, un champignon par exemple: " j'ai trouvé un coin dans le bois qui est couvert de séquelles" , ou : "j'ai ramené un panier entier de séquelles, en omelette , elles étaient délicieuses"
Et pourtant ce petit mot ,qui n'a l'air de rien, est redoutable .
Il définit la trace indélébile d'un accident, la marque dans la chair laissée par une maladie, il résume en deux syllabes , une chose que l'on pouvait faire et que l'on ne fera jamais plus, une vie qui ne sera jamais plus la même, le point de rupture entre un passé et un futur .... je hais ce mot aux allures délicates mais qui est coupant comme un rasoir...il prend toute sa dimension lorsqu'on l'entend prononcer pour la première fois à propos de celle qui est à vos côtés .
Il s' adoucit parfois en s' accolant avec le point d' interrogation . Là , il reprend le costume du provisoire et son évocation devient supportable . Mais quand même. .. Quel vilain petit vocable !
Ce que j'ai appris en observant les habitants de la Tour Blanche et en les écoutant , eux pour qui les "séquelles " sont si visuellement définitives et qui en subissent les effets jusqu'au bout de leurs insomnies, c'est que si les "séquelles" sont , comme dit Monique " des petites morts" , des portes qui se ferment sur un chemin qu'on croyait tracé, il faut croire dur comme fer, que pour chaque porte fermée , il y en a d'autres qui s' ouvrent, inattendues vers des chemins nouveaux.
Dominique
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